Deux loups sont bien présents dans le Haut-Rhin. Et ils ne sont pas au zoo.

J’avais jusqu’ici une conception assez confortable du loup. Le loup vivait dans les documentaires, les contes pour enfants et les discussions où quelqu’un finit toujours par expliquer qu’il a peur de l’homme. C’était très bien ainsi. Le problème, c’est que le loup, lui, n’a manifestement pas été informé de cet arrangement.
Dans le Haut-Rhin, sa présence est désormais bien réelle. Et dans le Sundgau, au moins deux individus ont été photographiés. Pas vaguement aperçus par un promeneur ayant oublié ses lunettes. Photographiés.
Des pièges photographiques installés près de la ferme du Hornihof, sur les pentes du Glaserberg à Kiffis, ont permis de confirmer la présence de deux loups. Le secteur de Sondersdorf est également concerné. Et ce n’est plus seulement une histoire de traces dans la boue.
Depuis le début de l’année 2026, la préfecture du Haut-Rhin indique que sept dommages ont été imputés ou sont susceptibles d’être imputés au loup, notamment à Mooslargue, Kiffis et Sondersdorf. À Kiffis, plusieurs lamas ont été tués depuis l’automne 2025.
Le loup a donc choisi le Sundgau. C’est son droit. J’aurais simplement apprécié qu’il consulte les habitants avant de s’installer.
Le loup est présent dans le Haut-Rhin depuis 2011
En réalité, le loup n’est pas tout à fait nouveau dans le Haut-Rhin. Sa présence y est officiellement constatée depuis 2011, principalement dans les Hautes-Vosges. En 2013, des louveteaux y avaient même été détectés. C’était la première reproduction constatée dans les Vosges depuis plus d’un siècle.
Le dernier loup alsacien connu aurait été abattu dans le Sundgau en 1908. Il aura donc fallu environ un siècle pour que l’histoire fasse demi-tour.
Elle avait probablement oublié quelque chose.
D’où viennent les loups du Sundgau ?
Mais une question reste particulièrement intéressante : d’où viennent les loups du Sundgau ? De l’Allemagne ? Du Jura suisse ? Pour l’instant, personne ne peut sérieusement l’affirmer pour ces deux individus.
La recolonisation française du loup s’est d’abord faite depuis l’Italie et les Alpes. Mais des loups appartenant à des lignées provenant de la population germano-polonaise ont également été détectés en France. Un mâle de cette lignée a d’ailleurs été identifié dans les Vosges en 2020, puis un autre en Haute-Saône en 2022. L’hypothèse allemande est donc parfaitement possible.
Mais Kiffis se trouve aussi au sud de l’Alsace, au contact du Jura et tout près de la Suisse, où des loups sont également présents. Autrement dit, nous savons qu’ils sont là.
Pour le contrôle des passeports, il faudra encore patienter.
À l’échelle du Sundgau, le seul chiffre que l’on puisse avancer sérieusement aujourd’hui est donc celui-ci : au moins deux loups. Cela ne signifie pas qu’il n’y en a que deux dans tout le Haut-Rhin. Aucun décompte officiel actuel ne permet d’affirmer précisément combien de loups vivent dans le département.
À l’échelle de la France, l’effectif moyen était estimé à 1 082 loups à la sortie de l’hiver 2024-2025.
Peut-on tomber nez à nez avec un loup dans le Haut-Rhin ?
Évidemment, une autre question finit par apparaître. Celle que nous nous posons beaucoup moins courageusement dès lors que nous avons prévu une promenade dominicale : peut-on tomber nez à nez avec un loup dans le Haut-Rhin ?
Oui. C’est possible.
Le Glaserberg est un secteur fréquenté par des randonneurs et des cavaliers. Les loups y circulent réellement. Cela ne signifie évidemment pas que chaque promenade à Kiffis va se transformer en documentaire animalier.
Le loup sauvage évite généralement l’être humain. Les attaques contre l’homme sont extrêmement rares en Europe. Selon la Commission européenne, aucune attaque mortelle de loup sur un humain n’a été enregistrée en Europe au XXIe siècle. Le risque pour un promeneur reste donc très faible.
Très faible ne signifie toutefois pas que le loup est devenu un labrador un peu réservé. Il reste un animal sauvage.
Que faire si l’on rencontre un loup ?
En cas de rencontre rapprochée, les recommandations officielles sont simples : ne pas s’approcher, ne pas le nourrir, rester debout et ne pas courir. Il faut reculer tranquillement, sans lui tourner le dos.
S’il adopte réellement un comportement agressif, il est recommandé de crier et de lui jeter des objets tout en continuant à reculer. Et si vous vous promenez avec un chien dans un secteur où le loup est présent, mieux vaut évidemment le garder près de vous et en laisse.
Quant à moi, je retiens surtout une chose. Si je croise un loup au Glaserberg, je reculerai lentement et dignement.
La dignité devrait tenir environ trois secondes.
Sources : Préfecture du Haut-Rhin, Office français de la biodiversité (OFB/LoupFrance), Commission européenne, Dernières Nouvelles d’Alsace.
