Au bout du Haut-Rhin, un château se cache dans la forêt

Il existe des monuments qui font tout pour être remarqués. Ils installent des panneaux. Ils ouvrent une boutique. Ils vendent des magnets. Le château du Morimont, à Oberlarg, a choisi une autre stratégie. Il s’est caché dans la forêt. Depuis plusieurs siècles. Et il attend. C’est une méthode commerciale discutable, mais assez élégante.
Le Morimont se trouve tout au sud du Haut-Rhin, près de la frontière suisse, dans un coin du Sundgau où même les routes semblent se demander si elles ont encore quelque chose à prouver. On laisse la voiture à proximité. On marche quelques minutes. Puis les ruines apparaissent entre les arbres.
Et là, première surprise : ce n’est pas un petit tas de pierres officiellement qualifié de château par excès d’optimisme. Le Morimont était une véritable forteresse. Il reste des tours, des remparts, de grandes murailles et une impressionnante cave voûtée. Une cave gigantesque. À l’époque, les seigneurs construisaient parfois davantage de place sous leur château que nous n’en possédons dans tout notre logement. Ils avaient le sens des priorités.
Un château sans billetterie ni chevalier en plastique
Le lieu est librement accessible. Il n’y a pas de portique. Pas de file d’attente. Pas de personnage déguisé qui tente de vous vendre une épée fabriquée en Chine. Seulement la forêt, les ruines et cette agréable impression d’avoir découvert un endroit dont personne ne vous avait parlé.
Le château a été mentionné dès le XIIe siècle. Il contrôlait autrefois la vallée de la Largue avant d’être détruit pendant la guerre de Trente Ans. Depuis, il poursuit une carrière de ruine. Avec beaucoup de sérieux.
La visite peut se faire tranquillement en moins d’une heure. On entre dans les vestiges. On observe les tours. On photographie les murs. Puis on explique aux enfants que tout cela était très important autrefois. Les enfants demandent où sont les toilettes. L’Histoire conserve ainsi sa juste place.
Un arbre qui a probablement tout vu
Non loin du château se trouve un autre habitant historique du secteur : le chêne géant du Morimont. Il aurait plus de 500 ans. Il mesurerait environ 32 mètres de haut et près de sept mètres de circonférence.
À cet âge-là, un arbre ne grandit plus. Il règne.
Ce chêne était déjà là avant la Révolution française, avant l’électricité et avant que l’humanité décide de photographier systématiquement son assiette. Il a probablement vu passer des soldats, des paysans, des promeneurs et des gens qui avaient choisi le mauvais chemin. Lui n’a jamais bougé. Ce qui lui a évité beaucoup de problèmes.
Le château et le chêne peuvent facilement être réunis dans une même promenade. C’est une sortie calme, boisée et suffisamment dépaysante pour donner l’impression d’être parti loin. Alors que l’on est simplement au fond du Haut-Rhin.
Après l’Histoire, la carpe frite
Une fois le château visité et l’arbre respectueusement contemplé, une question finit toujours par apparaître. Où mange-t-on ? Cette question est généralement plus efficace qu’une boussole.
À une douzaine de kilomètres, Ferrette offre une réponse intéressante avec l’Hôtel-Restaurant Collin, installé au pied de son propre château. C’est une adresse familiale qui propose une cuisine régionale, notamment la célèbre carpe frite du Sundgau.
La carpe frite est un plat très intelligent. On mange du poisson. Mais on le fait frire. La conscience reçoit donc une information rassurante pendant que l’estomac profite pleinement de la situation.
La carte propose également d’autres plats, notamment autour de la truite ou de la volaille. La réservation reste préférable le week-end. Car découvrir un château secret est agréable. Découvrir que le restaurant est complet l’est beaucoup moins.
Ferrette refuse de se laisser oublier
Après le déjeuner, il serait dommage de repartir immédiatement. Ferrette possède elle aussi un château. Celui-ci domine la ville et demande une courte montée. Le mot « courte » doit néanmoins être interprété selon l’âge, la météo et la quantité de carpe frite consommée juste avant.
Depuis les hauteurs, la vue s’étend sur le Jura, les Vosges et la Forêt-Noire.
Quand le temps est particulièrement clair, le paysage devient presque suspect.
On se demande pourquoi personne n’a encore installé un péage. Le château de Ferrette est également accessible gratuitement. Le Sundgau possède donc cette particularité rare : il permet encore de voir de belles choses sans demander immédiatement un numéro de carte bancaire. Il faut en profiter avant que quelqu’un ne s’en aperçoive.
Une grotte pour terminer raisonnablement
Les personnes qui disposent encore de jambes peuvent poursuivre jusqu’à la Grotte des Nains. Le lieu se trouve dans un vallon boisé, étroit et rocheux. La promenade possède une atmosphère plus mystérieuse que le reste de la journée.
La légende raconte que de petits êtres vivaient autrefois dans les grottes. La science n’a jamais confirmé cette présence. Mais la science n’a pas non plus passé toutes ses soirées dans le Sundgau.
Le site est agréable, ombragé et suffisamment insolite pour achever la sortie sur une note étrange. On aura ainsi visité deux châteaux, rencontré un arbre de 500 ans, mangé une carpe frite et cherché des nains dans une grotte. Certaines journées sont moins productives.
Le parcours conseillé
- Le matin, commencez par le château du Morimont et le chêne géant.
- À midi, rejoignez Ferrette pour déjeuner.
- L’après-midi, montez au château, puis poursuivez vers la Grotte des Nains si votre organisme accepte encore de collaborer.
Il n’est pas nécessaire d’en ajouter davantage. Une sortie réussie ne doit pas ressembler à une punition organisée avec un tableau Excel.
Je ne suis ni l’office de tourisme ni le propriétaire des châteaux. Je me contente de vous envoyer dans la forêt.
