Le vin de Mulhouse existe vraiment

Le Rebberg signifie littéralement « montagne des vignes ». Ce qui tombe plutôt bien : en 1828, 43 % de la surface du quartier était couverte de vignes. Mulhouse avait donc choisi le nom avec une certaine rigueur.

Rangées de vignes devant les villas arborées du quartier du Rebberg à Mulhouse.
Illustration créée artificiellement.

Aujourd’hui, quand on monte au Rebberg, on remarque surtout les grandes demeures, les jardins, les arbres et cette façon très particulière qu’a le quartier de regarder Mulhouse depuis le dessus. La vigne, elle, est devenue beaucoup plus discrète. Pourtant, elle était là bien avant les villas.

Et pas seulement pour décorer le paysage.

La viticulture occupait une place importante dans l’économie mulhousienne jusqu’à l’arrivée des premières manufactures textiles. Les vignerons avaient même leur propre corporation, suffisamment puissante pour disposer d’une maison au 32 rue Henriette, dans le centre historique. Le bâtiment existe toujours, avec notamment un ancien emblème de vigneron.

Autrement dit, avant de devenir la ville des cheminées d’usines, Mulhouse savait déjà parfaitement quoi faire avec un coteau bien exposé.

Puis les villas ont poussé

Au XIXe siècle, le décor change. Les industriels, commerçants et notables mulhousiens commencent à investir les hauteurs. L’urbanisation du Rebberg s’accélère véritablement après 1883, puis connaît une forte poussée à partir des années 1890. Les grandes demeures et leurs parcs prennent progressivement possession de la colline.

La vigne recule.

Il faut reconnaître qu’entre une rangée de ceps et une villa avec parc, tourelle et vue sur les Vosges, la bourgeoisie industrielle avait manifestement choisi son camp.

Mais le nom est resté : Rebberg. La montagne des vignes continuait donc d’annoncer un paysage qui, lui, avait largement changé.

En 1990, on remet les choses à leur place

Un siècle plus tard, la vigne fait son retour.

À la suite du legs d’un terrain par la famille Spoerry à la Ville de Mulhouse, 2 500 pieds de vigne sont plantés dans les années 1990 au Klettenberg. La Ville indique par ailleurs que les vignes y ont été replantées en 1990.

Le vignoble existe toujours. Au cœur du Rebberg, à l’angle de la rue des Carrières et du chemin du Klettenberg, il occupe aujourd’hui environ un demi-hectare. La parcelle est exploitée par le service Nature et espaces verts de la Ville.

Et ce n’est pas une vigne décorative destinée à donner un petit air de carte postale au quartier. Les récoltes servent notamment à produire du jus de pomme, du jus de raisin et du vin, utilisés lors des réceptions officielles de la Ville. En août 2026, les premières vendanges de la saison y ont encore été réalisées.

Le résultat est assez élégant : Mulhouse n’est pas sur la Route des vins, mais possède malgré tout son propre vignoble municipal.

Il fallait probablement être Mulhousien pour trouver cette solution.

Aujourd’hui, quelques milliers de ceps suffisent donc à rappeler ce que les villas ont presque entièrement effacé. Lorsqu’on traverse le Rebberg, on ne marche pas seulement dans un quartier résidentiel né de la prospérité industrielle. On marche sur une ancienne colline viticole dont le nom, lui, n’a jamais oublié.

Pour une fois, la toponymie avait meilleure mémoire que nous.

Sources

  • Ville de Mulhouse
  • M+
  • Ministère de la Culture – Base POP / Mérimée
  • CRESAT – Université de Haute-Alsace
  • Pierre Fluck, La colline aux cent tourelles

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *