À Gildwiller, la légende de l’église choisie par la Vierge
Pourquoi Notre-Dame du Mont domine-t-elle Gildwiller depuis la colline du Sternenberg ? Une légende raconte que les habitants avaient choisi un tout autre emplacement. Mais, trois nuits de suite, leurs outils en auraient décidé autrement…

Trois nuits et un étrange déplacement
L’église devait s’élever dans le vallon, entre Gildwiller et Falkwiller. L’endroit semblait logique : il était accessible aux habitants des deux villages et le chantier pouvait commencer.
Un matin pourtant, les ouvriers découvrirent que leurs outils avaient disparu. Ils ne furent pas retrouvés dans une grange ni chez quelque plaisantin, mais au sommet du mont de Gildwiller.
Les villageois les redescendirent et reprirent leur travail. La nuit suivante, le même prodige se produisit : les outils remontèrent mystérieusement sur la colline.
Pour en avoir le cœur net, des hommes furent chargés de garder le chantier pendant une troisième nuit. À leur réveil, les gardiens se trouvaient eux aussi sur le mont, en compagnie des outils qu’ils devaient surveiller.
Il n’était plus question de hasard. Pour les habitants, le message était limpide : la Vierge avait choisi la colline et voulait que son sanctuaire y soit construit.
Une église que le vallon n’a pas su retenir
La légende ne dit pas qui transporta les outils ni comment les gardiens furent déplacés sans se réveiller. C’est précisément ce silence qui lui donne sa force.
Depuis, l’église se dresse à 346 mètres d’altitude sur le Sternenberg. Son vocable officiel est celui de l’Épiphanie de Notre-Seigneur, mais elle reste surtout connue sous le nom de Notre-Dame du Mont et demeure dédiée à Notre-Dame des Sept Douleurs.
Chaque montée vers le sanctuaire semble ainsi rejouer le récit fondateur : pour atteindre l’église, il faut quitter le village et prendre de la hauteur, comme les outils l’auraient fait avant les hommes.
Sur les pas de saint Morand
Une autre tradition relie Gildwiller à saint Morand, l’apôtre du Sundgau. Installé à Altkirch au début du XIIe siècle, le religieux aurait rejoint à pied Notre-Dame du Mont chaque vendredi pour y prier et apporter du réconfort aux pèlerins.
Sur le chemin du retour, il se serait arrêté auprès d’une source dans la forêt. La fontaine Saint-Morand perpétue encore aujourd’hui ce souvenir.
Après la mort du saint en 1115, le pèlerinage aurait pris une importance croissante. Notre-Dame du Mont devint l’église-mère de plusieurs villages situés au pied de la colline. Elle rassemble toujours les habitants de Gildwiller, Falkwiller et Hecken, ainsi que les visiteurs venus s’y recueillir.
Des murs plusieurs fois relevés
Si la légende place la naissance du sanctuaire sous le signe du merveilleux, son histoire est, elle, marquée par les destructions.
L’église médiévale fut endommagée pendant la guerre de Cent Ans, puis par les Armagnacs en 1441. Reconstruite, agrandie et transformée au fil des siècles, elle fut de nouveau frappée pendant la Première Guerre mondiale. Son clocher fut incendié en 1914 afin qu’il ne puisse pas servir de point de repère aux troupes allemandes.
L’édifice fut finalement reconstruit en 1924, en conservant la base de son clocher gothique. À l’intérieur, une Pietà Renaissance en bois polychrome, objet ancien du pèlerinage, a traversé les incendies et les pillages.
Dans le silence de la nef, entre les bancs, les autels et la lumière colorée des vitraux, la légende paraît encore habiter les lieux. Elle raconte une église que les hommes pensaient bâtir dans le vallon, mais que le ciel aurait obstinément ramenée sur la colline.
Sources :
Ministère de la Culture – Base POP/Mérimée ; Communauté de paroisses Notre-Dame des Portes du Sundgau ; Diocèse de Strasbourg.
