Pic d’ozone en Alsace : le soleil a décidé de fabriquer son propre polluant

Le ciel bleu est un individu beaucoup moins fiable qu’on ne le pense. On le regarde, on s’attendrit, on se dit que la journée sera belle. On envisage même une promenade, un footing, ou cette activité dangereuse que l’on appelle « jardiner ».
C’est là que le piège se referme. Car l’été, quand il fait chaud, très beau, et que le soleil travaille avec un zèle suspect, l’air peut fabriquer de l’ozone. Pas l’ozone sympathique qui nous protège là-haut, dans sa couche lointaine et respectable. Non. L’autre. Celui du bas. Celui qui vient au niveau de nos poumons sans avoir été invité.
L’ozone, ce petit atome de trop
L’ozone, c’est O₃. Trois atomes d’oxygène. L’oxygène ordinaire, lui, c’est O₂. Il suffisait donc d’un atome de plus pour passer de « respirez tranquillement » à « évitez peut-être de courir comme un héros tragique en plein après-midi ».
Je trouve cela très vexant.
On se méfie des fumées noires, des odeurs chimiques, des pots d’échappement qui toussent plus fort que leur propriétaire. Mais l’ozone est plus mondain. Il arrive par beau temps. Il se forme dans l’air, sous l’effet du soleil et de la chaleur, à partir d’autres polluants. En résumé, le soleil prend quelques ingrédients, mélange le tout dans un grand saladier atmosphérique, et sert une spécialité estivale dont personne n’a demandé la recette.
Fin juin, l’Alsace a vu l’air insister
L’Alsace l’a bien vu fin juin. Le 22 juin, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin sont passés en seuil d’information et de recommandations. Le 23 juin, l’épisode est monté en alerte niveau 1. Les 24 et 25 juin, il est passé en alerte niveau 2. Les 26 et 27 juin, il a atteint l’alerte niveau 3.
Dit comme cela, on imagine l’atmosphère montant les marches une à une, fière d’elle, avec une petite veste de cérémonie.
Il faut tout de même préciser une nuance importante : selon ATMO Grand Est, l’épisode a bien dépassé le seuil d’information de 180 µg/m³, mais le seuil d’alerte de 240 µg/m³ en moyenne horaire n’a pas été dépassé aux stations de mesure. La montée des niveaux correspond donc aussi à la procédure préfectorale et à la persistance de l’épisode.
Autrement dit, ce n’est pas seulement l’air qui devient pénible. C’est l’air qui insiste.
Et l’air qui insiste, je le connais. J’ai déjà des voisins.
Des yeux qui piquent, des plantes qui souffrent
Les conséquences peuvent être très concrètes : yeux qui piquent, gorge irritée, toux, essoufflement, gêne respiratoire. Les enfants, les personnes âgées, les personnes asthmatiques ou fragiles sont les premières concernées. Mais même les personnes en bonne santé peuvent sentir que respirer demande soudain un minimum de négociation.
Les plantes, elles aussi, n’apprécient pas forcément cette ambiance. L’ozone peut les fragiliser, ralentir leur croissance et abîmer les feuilles.
C’est injuste. Elles ne font pas de footing.
Ce 14 août, ATMO Grand Est indique encore une qualité de l’air mauvaise sur l’ensemble du Grand Est, avec des conditions chaudes et stables favorables à la formation d’ozone. Depuis le 1er janvier, la région a déjà connu 15 journées en épisodes de pollution.
Alors, quand un épisode d’ozone est annoncé, mieux vaut éviter les efforts physiques intenses au milieu de l’après-midi. Le matin ou le soir, l’air est généralement moins insolent. Il faut aussi penser à s’hydrater, et les personnes fragiles doivent suivre les recommandations officielles.
Moi, pendant longtemps, je croyais qu’un ciel parfaitement bleu était une bonne nouvelle.
C’était naïf.
Très joli, mais naïf.
