Mulhouse et Colmar : savez-vous vraiment pourquoi elles portent ces noms ?

Illustration montrant deux panneaux « Mulhouse » et « Colmar » devant un paysage alsacien, avec des cartes anciennes et une loupe.
Mulhouse et Colmar : deux noms familiers dont les origines remontent à plus de mille ans.

Mulhouse et Colmar : savez-vous vraiment pourquoi elles portent ces noms ?

Nous prononçons « Mulhouse » et « Colmar » avec une tranquillité remarquable. Nous savons où elles se trouvent. Nous savons laquelle possède la Petite Venise, laquelle a longtemps vécu au rythme de l’industrie, et nous pouvons même avoir une opinion très précise sur la meilleure façon d’y circuler. En revanche, nous ignorons souvent pourquoi elles s’appellent ainsi.

J’ai donc décidé de regarder. C’était imprudent. Car derrière deux noms que nous utilisons plusieurs fois par semaine se cachent un moulin, un colombier, un soldat blessé, une fille de meunier et quelques spécialistes qui ne sont pas toujours entièrement d’accord.

Mulhouse : au commencement était le moulin

Mulhouse apparaît dans les textes dès l’année 803, sous la forme « Mulinhuson ». Le nom allemand « Mülhausen » est généralement compris comme quelque chose ressemblant aux maisons du moulin. « Mühle » renvoie au moulin, tandis que « Hausen » évoque les habitations. Pour une fois, l’étymologie semble presque coopérative : un moulin, des maisons autour, Mulhouse. Nous pourrions nous arrêter là.

Les anciens, heureusement, avaient davantage d’imagination. Une légende raconte qu’un soldat blessé aurait été recueilli par la fille d’un meunier. Elle l’aurait soigné, puis épousé. D’autres habitants se seraient ensuite installés autour du moulin, donnant naissance à la ville. C’est évidemment une légende. La Ville de Mulhouse la présente d’ailleurs comme telle.

Mais il faut reconnaître qu’elle possède tout ce qu’il faut : un blessé, une jeune femme, un moulin et un mariage. Aujourd’hui, pour raconter la naissance d’une agglomération, nous aurions probablement ajouté une zone commerciale.

Ce qui est certain, c’est que le moulin a laissé une trace spectaculaire : la roue de moulin est toujours l’emblème de Mulhouse. Le nom français que nous connaissons aujourd’hui est, lui, beaucoup plus récent. Après la réunion de la République de Mulhouse à la France en 1798, la forme « Mulhausen » subsiste encore quelque temps. Ce n’est qu’en 1848 que « Mulhouse » devient officiellement la forme française.

Il aura donc fallu plus de mille ans pour enlever quelques lettres. L’administration sait prendre son temps.

Colmar : toute cette histoire pour un colombier

Colmar nous entraîne ailleurs. Sa première mention sûre remonte au 12 juin 823. Dans un acte de l’empereur Louis le Pieux apparaît un domaine royal appelé « Columbarium ». Et « Columbarium » désigne un colombier.

Colmar, l’une des villes les plus célèbres d’Alsace, pourrait donc devoir son nom à un endroit où l’on élevait des pigeons ou des colombes. Je ne sais pas exactement ce que j’espérais trouver. Probablement quelque chose impliquant un empereur, une forteresse et plusieurs cavaliers regardant gravement l’horizon. Nous avons un pigeonnier. C’est très bien aussi.

L’explication par « Columbarium » est celle retenue notamment par l’Office de tourisme de Colmar. Le mot est latin, mais il faut rester prudent : notre première attestation écrite connue date bien de 823. Cela ne permet pas, à lui seul, d’affirmer que le nom existait déjà sous cette forme à l’époque romaine.

Et comme l’étymologie serait une discipline beaucoup trop reposante si tout le monde était d’accord, une autre hypothèse existe. Le toponymiste Raymond Schmittlein a proposé de rapprocher Colmar d’un ancien nom de personne germanique, « Galamar ». Cette piste est moins intuitive que celle du colombier, mais elle rappelle une règle essentielle : lorsqu’un nom possède plus de mille ans d’histoire, il est préférable d’éviter de lui demander une réponse parfaitement nette.

Même les hommes du Moyen Âge semblaient déjà hésiter. Des formes comme « Cholonpurun » ou « Coloburg » apparaissent au IXe siècle et semblent avoir rapproché le nom du germanique « burg », la forteresse ou la ville fortifiée. Autrement dit, il y a plus de onze siècles, quelqu’un essayait peut-être déjà de comprendre ce que « Colmar » voulait dire.

Nous n’avons donc rien inventé. Nous avons simplement pris beaucoup de retard.

Sources consultées pour les éléments historiques et étymologiques : Ville de Mulhouse · Dictionnaire historique de la Suisse · Office de tourisme de Colmar · Raymond Schmittlein, Revue internationale d’onomastique, Persée · Wikipédia.

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