Lalance : l’hôpital de Lutterbach qui a traversé deux guerres… et trouvé un trésor romain

Ancien sanatorium Lalance à Lutterbach, établissement historique devenu centre de rééducation
L’ancien sanatorium Lalance à Lutterbach a traversé deux guerres mondiales avant de devenir un centre de soins médicaux et de réadaptation.

À Lutterbach, il existe un endroit que beaucoup connaissent de nom sans forcément connaître son histoire. Lalance. Un hôpital, un grand parc, quelques bâtiments que l’on aperçoit derrière les arbres. Rien qui laisse vraiment deviner ce qui s’est passé ici depuis plus d’un siècle.

Et pourtant, derrière ce parc tranquille se cache un établissement qui a connu la tuberculose, deux guerres mondiales, des soldats allemands, des soldats français, plus d’une centaine d’obus et même quelques milliers de pièces romaines. Pour un endroit où l’on vient aujourd’hui faire de la rééducation, le passé manque singulièrement de repos.

Tout commence par un enfant

Tout commence en 1903. Auguste Lalance et son épouse Amélie n’ont pas d’enfant. Ils viennent de perdre un neveu, emporté par la tuberculose, qu’ils considéraient comme leur propre fils. De ce drame va naître une idée assez extraordinaire : créer un établissement destiné à lutter contre cette maladie. Le couple met à disposition une propriété de plus de cinq hectares entre Lutterbach et Pfastatt, ainsi qu’une importante somme d’argent.

À une époque où les antibiotiques n’existent pas encore, on ne soigne pas la tuberculose comme aujourd’hui. On prescrit du repos. De l’air. Du soleil. Et probablement beaucoup de patience, ce médicament formidable dont personne n’a jamais réussi à fixer la posologie.

En 1912, un sanatorium étonnamment moderne

Le premier bâtiment est achevé en 1912. Il porte le prénom du neveu disparu : Amédée. Le premier enfant y est accueilli le 20 février. Lalance est alors un sanatorium pour enfants. Et pour son époque, l’endroit est étonnamment moderne.

Le bâtiment possède de vastes galeries ouvertes, de grandes baies vitrées, une ventilation étudiée, des surfaces faciles à nettoyer et même des angles arrondis pour éviter que la poussière ne s’accumule. On avait déclaré la guerre au bacille. Même les coins de murs étaient mobilisés.

Sur le toit se trouve une grande terrasse. Les enfants y sont installés sur des chaises longues pour profiter du soleil. Le parc n’est donc pas simplement un joli décor autour de l’hôpital.

Il faisait partie du traitement.

On y cherchait l’air, le calme et la lumière. Des pins avaient même été plantés parce qu’on leur prêtait à l’époque des vertus bénéfiques pour les poumons. La médecine a depuis légèrement révisé le dossier du pin. L’arbre n’en a pas pris ombrage.

L’établissement possédait également un ascenseur électrique suffisamment grand pour transporter un enfant directement dans son lit. Il y avait des monte-plats électriques, une installation permettant d’évacuer le linge sale, un système destiné à limiter la poussière, des salles d’opération, un cabinet dentaire et même une chapelle. En 1912. Personnellement, certains hôtels où j’ai dormi récemment étaient moins bien équipés.

Puis arrive la Première Guerre mondiale

Puis arrive 1914. Et comme souvent dans l’histoire alsacienne, lorsqu’un établissement vient enfin de trouver son rythme, quelqu’un déclenche une guerre. Le sanatorium est réquisitionné par l’armée allemande. Il devient le Feldlazarett n°14, un hôpital militaire.

La plupart des enfants repartent. Quelques-uns, incapables de rejoindre leurs familles, restent encore plusieurs mois. Une femme va particulièrement marquer cette période : la directrice de l’établissement, Valérie Spenlé. En 1915, elle refuse de prêter son concours aux médecins militaires allemands et encourage le personnel à partir. Les autorités apprécient modérément. Elle est expulsée. Il existe des carrières professionnelles plus tranquilles.

À la fin de la Première Guerre mondiale, nouveau changement. Auguste Lalance met cette fois l’établissement à disposition de l’armée française. Le sanatorium devient un hôpital pour malades contagieux pendant la démobilisation. Il faudra attendre 1920 pour que les enfants puissent revenir. Auguste Lalance meurt cette même année. Amélie l’année suivante. Mais leur œuvre leur survit.

Lalance devient une institution

Dans les années 1920 et 1930, l’établissement se développe considérablement. Un préventorium accueille également des adolescentes considérées comme particulièrement exposées à la tuberculose. Lalance gagne en réputation. En 1923, le sanatorium reçoit même le Grand Prix de l’Exposition Pasteur de Strasbourg.

La demande devient telle qu’il faut parfois refuser des enfants. En 1935, l’établissement dispose de 126 lits. On pourrait croire que l’histoire va enfin devenir calme. Ce serait très mal connaître le XXe siècle.

Une deuxième guerre et plus d’une centaine d’obus

Arrive la Seconde Guerre mondiale. Les autorités allemandes reprennent le site. Il redevient un établissement pour enfants jusqu’en 1944. Puis viennent les combats de la Libération. Lalance est pris dans la bataille.

Les bâtiments auraient reçu plus d’une centaine d’obus. Plus de cent. À ce stade, ce n’est plus de la malchance. C’est de l’acharnement administratif de l’Histoire.

L’établissement est pourtant reconstruit. En 1951, un centre modernisé de 107 lits est inauguré. Puis la médecine change. Les antibiotiques bouleversent le traitement de la tuberculose. Le sanatorium doit donc se réinventer.

Il s’oriente progressivement vers les maladies pulmonaires. En 1967, il devient le Centre de pneumo-phtisiologie Lalance. Puis, en 1983, le Centre Médical Lalance, avec notamment le développement de la réadaptation cardiaque.

Et soudain, un trésor romain

On pourrait s’arrêter là. Mais Lalance avait visiblement encore une anecdote en réserve.

En 1978, des ouvriers creusent une tranchée pour une canalisation dans l’enceinte de l’établissement. Ils s’attendent vraisemblablement à trouver de la terre. C’est généralement le principe d’une tranchée. Ils tombent sur un trésor gallo-romain.

Plusieurs milliers de monnaies de bronze auraient été découvertes. Une partie sera malheureusement dispersée avant de pouvoir être étudiée. J’aime beaucoup cette scène. Vous partez installer une canalisation dans un centre médical. Quelques minutes plus tard, vous êtes dans l’Empire romain. Lutterbach sait recevoir.

Ce qu’est Lalance aujourd’hui

Aujourd’hui, Lalance n’est plus un sanatorium. Il s’agit d’un centre de soins médicaux et de réadaptation de l’UGECAM Alsace. On y accueille notamment des patients en réadaptation cardiovasculaire et respiratoire, ainsi que pour certaines prises en charge nutritionnelles et de médecine polyvalente.

Il dispose d’installations de réentraînement à l’effort, d’un gymnase, d’équipements spécialisés et d’un espace de balnéothérapie. Et surtout… il y a toujours le parc.

Plus d’un siècle après les premiers enfants installés dehors pour profiter de l’air et du soleil, les patients y marchent encore aujourd’hui dans le cadre de leur réadaptation. Évidemment, la médecine de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1912. Heureusement. Mais il y a quelque chose d’assez émouvant dans cette continuité.

Pendant plus de cent ans, on a changé les traitements. On a changé les machines. On a changé les bâtiments. On a changé de pays plusieurs fois sans même déplacer Lutterbach, ce qui reste une spécialité régionale. Mais au milieu de tout cela, les arbres sont restés.

Un parc au CV assez prétentieux

Alors la prochaine fois que vous passerez près de Lalance, vous regarderez peut-être ce parc un peu différemment. Il a vu passer des enfants malades, des militaires, des obus, des médecins, des générations de patients… et même quelques milliers de pièces romaines.

Pour un simple parc à Lutterbach, il a quand même un CV assez prétentieux. Il restait juste à découvrir tout ce qu’il avait à raconter.

Sources : histoire-lutterbach.com — Association d’Histoire de Lutterbach ; docomomo.fr — documentation patrimoniale sur le sanatorium Lalance ; persee.fr — archives et publications archéologiques, notamment sur le trésor monétaire ; groupe-ugecam.fr — Centre de rééducation Lalance, fonctionnement actuel ; has-sante.fr — Haute Autorité de Santé, certification et données sur l’établissement ; etablissementsdesante.fr — avis et informations complémentaires.

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