Randonnée 4,8 km : À Brunstatt, les ronces cachaient bien plus qu’un vieux chemin
À quelques minutes de Mulhouse, le vallon de l’Igeltal cachait sous les arbres un ancien chemin rural presque disparu. Des bénévoles l’ont défriché et intégré à une nouvelle boucle de 4,8 km. Derrière la promenade se cache un paysage beaucoup moins sauvage qu’il n’en a l’air : anciennes cultures, vignes, carrière, retenues d’eau et même le souvenir d’une mystérieuse léproserie dont l’histoire se transmet encore oralement.

RANDONNÉE — Circuit officiel de l’Igeltal : 4,8 km, environ 1 h 30
Voir le tracé et télécharger le circuit sur le site de m2A
La forêt avait gagné. Pas officiellement. Aucun traité n’avait été signé. Mais quand un chemin disparaît sous les ronces pendant suffisamment longtemps, on peut considérer que les arbres ont pris possession des lieux.
Dans l’Igeltal, à Brunstatt-Didenheim, l’affaire semblait donc réglée. Puis des bénévoles sont arrivés avec des outils. C’était maladroit diplomatiquement, mais efficace.
L’ancien chemin rural a été dégagé, rouvert et intégré à un circuit désormais balisé par le Club vosgien. La promenade complète mesure 4,8 km et demande environ 1 h 30. Elle comprend une boucle de 2,8 km et une liaison d’un kilomètre que l’on emprunte à l’aller puis au retour. La brochure officielle m2A présente elle-même l’Igeltal comme un vallon boisé méconnu où un groupe de passionnés a défriché l’ancien chemin rural qui montait autrefois vers Bruebach.
Avant les randonneurs, les bœufs
Le tracé actuel n’a pas été inventé pour permettre aux habitants de Mulhouse de fermer leurs anneaux d’activité le dimanche. Roland Fischer, l’un des bénévoles impliqués dans la remise en état du secteur, nous explique que la boucle actuelle réunit en réalité deux anciens chemins.
Le premier traversait le vallon et servait surtout à desservir les parcelles cultivées appartenant aux habitants de Brunstatt. Sa pente douce présentait un avantage considérable à une époque où le moteur diesel était encore une extravagance : les bœufs pouvaient y monter. Le second chemin permettait de rejoindre Bruebach en passant en hauteur par rapport à l’actuelle route départementale.
La documentation de m2A confirme que l’ancien chemin de l’Igeltal, longtemps envahi par la végétation, permettait cette montée en pente douce vers Bruebach. Le vallon aujourd’hui couvert d’arbres était autrefois en partie cultivé et des traces de parcelles aménagées en terrasses sont encore perceptibles.
Autrement dit, ce qui ressemble aujourd’hui à un petit morceau de forêt sauvage était autrefois un paysage de travail. La nature a simplement très bien rangé derrière les humains.
Le Rebberg n’avait pas choisi son nom au hasard
En quittant le centre de Brunstatt, le parcours passe notamment par le Rebberg. Aujourd’hui, le secteur est résidentiel. Avant 1900, il était beaucoup plus liquide.
La vigne occupait alors près de 150 hectares, soit environ 25 à 30 % de la surface agricole de Brunstatt. On y produisait notamment du Rauschling, un vin de table qui servait entre autres à étancher la soif des nombreux ouvriers travaillant dans les usines mulhousiennes. La brochure m2A va jusqu’à qualifier ce petit vin vif de « roi de Brunstatt ».
Les rois ont parfois connu des règnes plus glorieux. Rarement aussi désaltérants.
Une carrière qui a participé à la construction de Mulhouse
Un peu plus loin, le parcours passe devant l’entrée d’une ancienne carrière de pierre calcaire. Brunstatt possédait autrefois plusieurs de ces carrières. Certaines fournissaient la pierre utilisée pour les constructions de la région, tandis que d’autres alimentaient des fours à chaux.
La fameuse « pierre de Brunstatt » a notamment accompagné l’urbanisation rapide de Mulhouse au XIXe siècle. C’est le genre de chose que l’on ignore généralement jusqu’au jour où l’on passe devant un trou dans une colline. À partir de cet instant, le trou acquiert une importance historique considérable.
Trois retenues pour une eau qui ne demande l’avis de personne
Le parcours croise également trois retenues collinaires. Elles ne sont pas là pour améliorer le décor ni pour offrir aux canards un programme immobilier avantageux.
La première sert à limiter les risques de crues et de coulées de boue provenant des collines couvertes de loess. Entre 1983 et 2016, Brunstatt a fait l’objet de sept arrêtés de catastrophe naturelle pour inondations et coulées de boue. Une deuxième retenue recueille notamment les eaux d’orage provenant du vallon de l’Igeltal, tandis qu’une troisième se trouve près de la route de Bruebach.
L’Igeltal a donc beau être charmant, il sait également descendre très vite lorsqu’il pleut.
Et puis il y a la léproserie
C’est ici que l’histoire devient beaucoup plus mystérieuse. La documentation officielle de m2A indique l’emplacement d’une ancienne léproserie, dont les pierres seraient encore visibles depuis les airs. Elle évoque également une source et raconte que les malades étaient autrefois ravitaillés à distance par des habitants de Brunstatt.
Mais Roland Fischer apporte une précision importante à ActuRhin : les informations dont disposent aujourd’hui les bénévoles sont principalement issues de la tradition orale locale.
L’une des personnes qui connaissait particulièrement bien cette histoire était Morand Koelbert, agriculteur historique de Brunstatt-Didenheim, issu d’une ancienne famille locale de meuniers et d’agriculteurs. Le champ où se trouveraient les vestiges lui appartenait.
Et Morand Koelbert possédait une particularité assez pratique lorsqu’on cherche des ruines dans un champ : il détenait une licence de pilote privé.
Selon les souvenirs transmis à Roland Fischer, pendant certaines périodes de sécheresse, des traces correspondant à des fondations devenaient visibles dans la parcelle. Morand Koelbert les aurait photographiées à plusieurs reprises depuis son avion.
Voilà précisément le moment où toute personne normalement constituée demande à voir les photographies.
Évidemment, elles ont disparu.
Les clichés auraient été confiés à un ami de Morand Koelbert et leur trace aurait été perdue après le décès de celui-ci. L’Histoire possède parfois un sens particulièrement développé de la contrariété.
Nous avons donc une tradition locale persistante, un emplacement connu, le témoignage d’un ancien propriétaire du terrain et le souvenir de traces photographiées depuis les airs. En revanche, nous n’avons pas retrouvé de document historique ou de preuve archéologique permettant d’établir avec certitude l’existence de cette léproserie.
La nuance est importante. Elle ne rend pas l’histoire moins intéressante. Bien au contraire.
La source, elle, n’a pas totalement disparu
La tradition locale associe également cette léproserie à la présence d’une source. Selon Roland Fischer, les sources du secteur ont aujourd’hui largement tari, mais leur présence reste perceptible pendant les périodes particulièrement humides. Les caniveaux situés au bas du champ conduisent aujourd’hui une partie de cette eau vers le chemin de l’Igeltal, ce qui contribue malheureusement à son ravinement.
La brochure m2A signale elle aussi qu’en période humide, de l’eau peut encore couler dans une cavité au bord du chemin, environ 200 mètres après la sortie de la forêt.
Cela ne prouve évidemment pas qu’une léproserie se trouvait ici. Une source n’a jamais signé de registre d’admission. Mais elle ajoute une pièce supplémentaire à cette mémoire du vallon que le temps n’a pas complètement effacée.
Une stèle et quelques fantômes de paysage
Le circuit passe aussi à proximité de la stèle du 19 août 1914, qui commémore un affrontement entre deux escadrons français et l’infanterie allemande pendant les combats ayant permis aux Français de conquérir provisoirement Mulhouse au début de la Première Guerre mondiale.
Plus loin, les grands champs témoignent d’une transformation beaucoup moins spectaculaire mais déterminante : le remembrement de 1957, qui a réduit de 75 % le nombre de parcelles agricoles de Brunstatt.
C’est finalement ce qui rend l’Igeltal beaucoup plus intéressant qu’une simple promenade de 4,8 kilomètres. Sous les arbres se superposent plusieurs paysages : celui des agriculteurs et de leurs bœufs, celui des vignes, celui des carrières, celui des chemins disparus et celui, plus incertain, d’une léproserie dont la mémoire a survécu plus longtemps que ses preuves.
Les bénévoles ont simplement retiré les ronces. Le reste était déjà là.
Informations pratiques
Circuit de l’Igeltal à Brunstatt-Didenheim
Distance : 4,8 km
Durée indicative : 1 h 30
Balisage : chevalet rouge puis anneau rouge
Départ officiel : centre de Brunstatt-Didenheim, secteur de l’église Saint-Georges.
Voir le tracé officiel et télécharger la randonnée sur m2A.fr
Sources
Mulhouse Alsace Agglomération (m2A) — Circuit de l’Igeltal à Brunstatt-Didenheim, brochure officielle, édition mai 2026, réalisée avec le Club vosgien Mulhouse et Crêtes.
Roland Fischer — Brunstatt-Didenheim Environnement — témoignage recueilli par ActuRhin en septembre 2026 concernant l’ancien tracé rural, Morand Koelbert, les sources et la tradition orale relative à la léproserie.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace — Défriché par les Robins des bois, le vallon de l’Igeltal a ses balises, 11 août 2026.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace — En pente douce sur l’ancien chemin rural, 11 août 2026.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace — En quatre ans, 16 km rendus à la balade, 11 août 2026.
