J’ai trouvé un lac qui m’a presque donné envie de devenir Jurassien

Illustration du lac de Chalain entouré de forêts, avec baigneurs, cascade, randonneurs et spécialités jurassiennes au premier plan.
Lac de Chalain, cascades, randonnées et spécialités jurassiennes : le Jura concentre de nombreuses découvertes.

Je suis parti dans le Jura avec une idée très simple : vérifier si les photos sur Internet racontaient la vérité. Je suis naturellement méfiant. Internet est capable de transformer une flaque d’eau derrière un supermarché en lagon des Caraïbes, à condition de pousser suffisamment le curseur « saturation ».
Et puis je suis arrivé au lac de Chalain. J’ai immédiatement compris que le Jura pratiquait une forme de sorcellerie.

L’eau est turquoise. Les forêts descendent vers le lac. Les arbres sont immenses. Les oiseaux chantent avec un enthousiasme suspect. J’ai même regardé discrètement derrière un rocher pour vérifier qu’il n’y avait pas un technicien chargé des effets spéciaux.

Un lac qui ressemble vraiment aux photos

Le lac possède deux grandes plages aménagées. Et là, excellente surprise : de grands espaces ombragés sous les arbres, des secteurs avec du sable, des zones peu profondes où les enfants peuvent entrer progressivement dans l’eau et barboter tranquillement pendant que les parents les surveillent avec cette concentration très particulière qui consiste à regarder son téléphone toutes les trente secondes.

Sur place, on trouve de quoi passer la journée : buvettes, sandwiches, boissons, glaces, toilettes, douches et activités nautiques. Le seul moment où j’ai brutalement retrouvé un contact avec la civilisation moderne, c’est devant le parking.

8 euros la journée.

J’ai accepté. Après tout, on ne peut manifestement pas stationner au paradis gratuitement.

Je pensais ensuite me contenter du lac. Erreur. Le Jura fonctionne comme un piège. Un piège très poli, très vert, très calme, qui commence par vous montrer une eau turquoise avant de vous expliquer que maintenant, puisque vous êtes là, vous allez marcher.

Direction les Cascades du Hérisson

Je pensais faire une petite promenade digestive. Le Jura, lui, avait prévu une épreuve initiatique.

La randonnée est magnifique et largement ombragée, ce qui est franchement appréciable lorsqu’il fait très chaud. Mais attention : le parcours comporte un fort dénivelé, des montées, des descentes, des passages raides et parfois glissants.

Ce n’est pas exactement la promenade idéale en tongs après avoir mangé une saucisse de Morteau et trois morceaux de Comté. La randonnée complète demande de bonnes chaussures, un minimum de condition physique et une certaine capacité à ne pas insulter intérieurement la montagne.

Heureusement, plusieurs accès permettent aussi de découvrir certaines cascades sans effectuer l’intégralité du parcours. Les plus spectaculaires, notamment l’Éventail et le Grand Saut, valent réellement l’effort.

Mais il faut le savoir avant de partir : les Cascades du Hérisson se méritent. Le Jura ne distribue pas ses merveilles sans exiger quelques litres de transpiration.

Puis viennent les grottes

Et là, en période de canicule, on découvre soudain que l’humanité a peut-être commis une erreur fondamentale en inventant la climatisation alors qu’il suffisait de vivre sous terre.

La grotte de Baume-les-Messieurs impressionne par ses immenses salles souterraines, ses concrétions et cette atmosphère presque irréelle. On passe brutalement de la chaleur écrasante de l’été à une fraîcheur naturelle extrêmement appréciable.

Quand il fait plus de 30 degrés dehors, entrer dans une grotte jurassienne procure une joie très primitive. On ne visite plus. On survit avec élégance.

Les Grottes des Moidons offrent un autre décor, avec une succession de salles et de formations minérales façonnées lentement par l’eau. Très lentement. À une vitesse qui ridiculise complètement nos problèmes de livraison en 24 heures.

Et ce que j’apprécie aussi dans cette région, c’est qu’en quittant les secteurs les plus bas pour rejoindre les plateaux voisins, souvent autour de 700 à 800 mètres d’altitude, les nuits peuvent devenir nettement plus fraîches.

Après une journée caniculaire, c’est un vrai bonheur. On ouvre la tente ou la fenêtre le soir, l’air redescend, la forêt respire, et pour une fois le corps humain cesse de négocier directement avec le soleil.

Mais évidemment, le Jura possède une arme encore plus redoutable : la nourriture

Impossible de passer dans la région sans entrer dans une fruitière. Je pensais acheter un petit morceau de fromage. Je suis ressorti avec un sac qui aurait pu modifier l’équilibre de ma voiture.

Il y a bien sûr le Comté. Mais il faut aussi goûter le Morbier, le Bleu de Gex, le Mont d’Or lorsqu’il est de saison, sans oublier la fameuse saucisse de Morteau.

Le Jura ne produit pas des aliments. Il organise des embuscades.

Et puisqu’on parle du Comté, il existe un mariage que je considère presque comme une expérience à faire au moins une fois dans sa vie : un beau Comté affiné avec un verre de vin jaune.

Je sais, le vin jaune peut surprendre. Le Comté aussi peut être d’une puissance redoutable. Mais lorsqu’ils se rencontrent, quelque chose se passe.

Je ne suis pas certain de pouvoir l’expliquer scientifiquement. Disons simplement que deux produits du Jura se regardent, se reconnaissent et décident ensemble que votre soirée va devenir beaucoup plus intéressante.

Même si vous ne buvez presque jamais de vin, goûter une fois dans sa vie ce mariage entre un vieux Comté et un vin jaune mérite réellement l’expérience.

Et comme si le fromage ne suffisait pas, le Jura possède aussi une autre spécialité remarquable : la truite. Je vous conseille notamment la Pisciculture du Moulin de Pierre, une ferme aquacole nichée en pleine nature.

On peut y acheter des truites élevées sur place, fraîches, fumées ou préparées selon les produits disponibles. Et franchement, une belle truite au barbecue avec quelques herbes, un filet de citron et une cuisson maîtrisée, c’est une excellente manière de comprendre que le bonheur tient parfois dans un poisson posé sur une grille.

À ce stade du séjour, j’avais abandonné toute résistance

Le Jura gagnait sur tous les tableaux : un lac turquoise, des plages ombragées, des cascades qui vous rappellent que vous auriez dû faire davantage de sport, des grottes naturellement climatisées, des nuits plus fraîches sur les hauteurs, du Comté, du Morbier, du Bleu de Gex, du Mont d’Or, de la saucisse de Morteau, de la truite et ce mariage presque indécent entre le Comté et le vin jaune.

Je suis reparti avec quelques souvenirs, beaucoup trop de fromage et la certitude que cette région cache beaucoup mieux son jeu que certaines destinations infiniment plus célèbres.

Moralité : si quelqu’un vous dit que le Jura est seulement une région de montagnes, de sapins et de vaches, ne le contredisez pas.

Laissez-le croire cela. Il y aura un peu plus de place sur la plage pour nous.

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