À Thann, le vide devient imposable. Et ce n’est pas la première fois.

À Thann, on a découvert une étrange propriété du vide : il peut rapporter de l’argent. Un commerce fermé ne vend rien, n’emploie personne et n’attire aucun client. Mais il peut intéresser le fisc. C’est déjà une forme d’activité.

Rue commerçante du centre-ville de Thann avec la collégiale Saint-Thiébaut en arrière-plan et des annotations manuscrites rouges sur des vitrines
Centre-ville de Thann, photographie annotée à titre illustratif. Photo originale : Sneeuwvlakte / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — Annotations : ActuRhin. Photo d’origine.

Le 29 septembre 2026, les élus ont adopté deux mesures fiscales contre les logements et les locaux commerciaux vacants. L’idée est simple : encourager les propriétaires à louer, vendre ou rénover. Et, pour les plus récalcitrants, leur rappeler que l’inaction peut aussi avoir un prix.

Seulement voilà, Thann a déjà vécu cette histoire.

En 2019, le conseil municipal avait voté une taxe visant les boutiques désertées de certaines rues du centre-ville. La préfecture avait contrarié ses ambitions : impossible, à l’époque, de choisir uniquement quelques rues. La délibération avait donc été retirée.

En 2020, la commune avait recommencé, avec une taxe étendue à tout son territoire. Les taux votés grimpaient de 10 à 20 % selon le nombre d’années d’imposition.

Et voici qu’en 2026, la législation autorise désormais, pour les impositions de 2027, à cibler certains secteurs de revitalisation. Ce qui était interdit sept ans plus tôt devient possible, sous conditions. Le droit fiscal possède décidément un sens de l’humour très particulier. Il lui faut simplement davantage de temps qu’à nous pour comprendre la plaisanterie.

Mais une taxe peut-elle remplir une boutique ?

C’est là que les choses se compliquent. Car si une taxe peut encourager un propriétaire à chercher un locataire, elle ne fait pas apparaître miraculeusement un commerçant, une clientèle ou l’argent nécessaire pour rénover un bâtiment vieillissant.

D’ailleurs, les propriétaires qui démontrent que leurs locaux restent vides malgré de véritables démarches de commercialisation peuvent, sous certaines conditions, échapper à cette taxation.

En 2019, la vacance commerciale était estimée à 18 % à Thann. Six ans après le vote de 2020, une question mérite donc d’être posée : combien de boutiques ont réellement retrouvé une activité grâce à cette mesure ?

La mairie devra également préciser ce que ses nouvelles décisions changent concrètement pour les propriétaires, notamment ceux de logements vacants.

À Mulhouse aussi, les élus ont récemment choisi de s’attaquer fiscalement aux logements inoccupés. L’idée semble faire son chemin dans le Haut-Rhin.

Reste à savoir si taxer le vide suffira à le remplir. Pour le moment, la seule chose dont on soit certain, c’est que les délibérations, elles, ne manquent pas d’occupants.

Sources

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