Fessenheim : le combustible est parti. La radioactivité, un peu moins.

Le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim a officiellement commencé. Le combustible, lui, est déjà parti : EDF estime que son évacuation a retiré 99,9 % de la radioactivité présente lors de l’exploitation. C’est le genre de chiffre qui rassure immédiatement, jusqu’au moment où l’on se demande ce que contient le 0,1 % restant. Et là, curieusement, la conversation devient plus intéressante.

405 000 tonnes à démonter

Le chantier doit produire environ 405 000 tonnes de matériaux. Son coût est aujourd’hui estimé à environ 1,4 milliard d’euros, mais il faut manier ce chiffre avec précaution : il s’agit d’une estimation, pas du ticket de caisse final. Le chantier doit courir jusqu’en 2048, ce qui laisse vingt-deux ans à une facture pour développer sa personnalité.

EDF estime que 95 % des matériaux seront non radioactifs. Restent donc environ 5 %, soit de l’ordre de 20 000 tonnes relevant de filières radioactives, avec des niveaux de contamination très différents. Une grande partie relève de la très faible activité ; une fraction beaucoup plus petite concerne des matériaux nettement plus irradiés.

Le cœur est vide. La cuve, elle, se souvient

Le combustible nucléaire a quitté Fessenheim en 2022. La principale source de radioactivité n’est donc plus là et le risque n’a plus rien à voir avec celui d’une centrale en fonctionnement. Mais certains équipements ont passé des décennies à quelques mètres du cœur : la cuve et certaines structures internes ont été bombardées par des neutrons au point que le métal lui-même est devenu radioactif. Le métal a, en quelque sorte, de la mémoire. Et malheureusement, on ne peut pas lui demander d’oublier.

Ces éléments devront pourtant être découpés, manipulés, conditionnés puis évacués. C’est à ce moment-là que le démantèlement devient autre chose qu’un très grand chantier de plomberie.

Découper sans répandre

Lorsqu’on découpe un matériau contaminé, le problème n’est pas seulement le morceau que l’on tient : il y a aussi ce qui peut s’en échapper. Poussières, particules et aérosols doivent rester confinés. Les zones les plus sensibles peuvent être maintenues en dépression, de façon à ce qu’en cas de petite fuite l’air entre dans la zone plutôt qu’il n’en sorte ; l’air est ensuite aspiré, filtré et contrôlé avant rejet.

Pour certaines opérations, l’eau peut servir d’écran radiologique et limiter la dispersion des particules. Des équipements téléopérés permettent aussi d’éloigner les travailleurs des sources les plus irradiantes. Personnellement, si l’on me propose de choisir entre découper moi-même l’intérieur d’une cuve nucléaire et laisser faire une machine à distance, je suis extrêmement favorable au progrès technique.

Et si quelque chose se passe mal ?

Un filtre peut tomber en panne. Une ventilation aussi. Un colis peut être endommagé, un chantier connaître un incendie ou une découpe produire davantage de contamination que prévu. Le principe de la sûreté nucléaire consiste justement à partir de cette idée déplaisante : un équipement peut défaillir.

Les opérations les plus sensibles doivent donc être préparées avec des scénarios accidentels, des moyens de surveillance radiologique, des dispositifs de confinement et des procédures d’arrêt. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection prévoit un encadrement spécifique de certaines phases, notamment la découpe des cuves et de leurs structures internes. Autrement dit, EDF ne pourra pas simplement arriver un mardi matin avec une disqueuse et beaucoup de bonne volonté. C’est rassurant. Même si, en matière nucléaire, être rassuré n’interdit pas de continuer à poser des questions.

Où vont les déchets ?

Ils sont triés selon leur niveau de radioactivité et envoyés vers les filières adaptées. Les déchets les moins actifs peuvent notamment partir vers les centres de stockage de l’Andra, dans l’Aube. Les plus problématiques sont conditionnés et entreposés dans l’attente de solutions spécifiques.

Les liquides issus du nettoyage et de la décontamination sont eux aussi traités. Une partie de la radioactivité est captée dans des filtres et résines ; l’eau restante peut être rejetée si elle respecte les limites réglementaires. Les règles concernant précisément ces rejets font actuellement l’objet d’une consultation publique de l’ASNR, ouverte jusqu’au 15 octobre 2026.

Et autour de la centrale ?

Le risque pour les habitants a fortement diminué depuis le départ du combustible, mais la surveillance continue. Air, eau, sols, rejets et transports de déchets restent contrôlés. Les travailleurs seront les plus directement exposés : environ 300 personnes par an en moyenne devraient intervenir sur le chantier, avec un suivi dosimétrique individuel.

Jusqu’en 2048

Le démantèlement doit être achevé au plus tard le 30 juin 2048. Vingt-deux ans. Assez pour démanteler une centrale. Et largement assez pour vérifier si tout ce qu’on nous promet aujourd’hui tient encore debout demain.

Sources

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