À Riquewihr, la carte postale commence à manquer d’habitants
Riquewihr compte désormais 999 habitants. Le chiffre, publié par l’Insee le 27 août, semble presque avoir été écrit pour un titre. La célèbre cité alsacienne vient de passer sous la barre symbolique des mille habitants.

Ils étaient encore 1 271 en 2007. En seize ans, Riquewihr a donc perdu plus d’un habitant sur cinq. Entre 2017 et 2023, la population a encore diminué de 1,2 % par an, essentiellement sous l’effet du solde migratoire, tandis que le solde naturel restait quasiment nul.
Pendant ce temps, les lits pour visiteurs ont plutôt bien résisté.
Une étude de l’ADIL du Haut-Rhin estimait qu’en 2024, les logements recensés sur Airbnb ou Vrbo représentaient 22,4 % du parc de Riquewihr. Plus d’un logement sur cinq apparaissait donc sur ces deux plateformes seulement.
Cela ne signifie évidemment pas qu’Airbnb a fait disparaître 272 habitants dans une trappe secrète derrière le Dolder. Une corrélation n’est pas une causalité, même lorsque les chiffres ont la mauvaise idée de se regarder dans les yeux.
Mais le parc immobilier raconte lui aussi une drôle d’histoire.
Sur les 789 logements recensés en 2023, 61,6 % seulement sont des résidences principales. Les résidences secondaires et logements occasionnels représentent 21 %. Les logements vacants, 17,4 %. En 2007, Riquewihr comptait encore 565 résidences principales. Il n’en reste plus que 486.
La mairie parle elle-même de « saturation »
Le problème n’a d’ailleurs rien d’une découverte estivale.
Dès 2021, le conseil municipal constatait que le développement des meublés touristiques entraînait un recul de l’offre de logements permanents, notamment dans le centre ancien. Il évoquait des conséquences possibles sur « l’équilibre économique, social et démographique » de la ville.
Puis venait cette phrase, beaucoup moins fleurie qu’un balcon alsacien : « la commune est arrivée à saturation ».
Depuis, Riquewihr a commencé à sortir les crocs. En mars 2025, la commune a limité à 90 jours par an la location touristique d’une résidence principale, en invoquant explicitement la nécessité de préserver les logements à l’année.
Et lorsqu’un propriétaire ignore les règles, l’accueil devient nettement moins folklorique.
En septembre 2025, le tribunal judiciaire de Colmar a condamné une propriétaire qui exploitait deux appartements en location touristique sans changement d’usage autorisé. L’amende : 35 000 euros par logement, soit 70 000 euros. Le retour des deux appartements à l’habitation a également été ordonné, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et par logement.
La municipalité ne mène donc pas une guerre au tourisme. Ce serait assez cocasse dans l’une des communes les plus photographiées d’Alsace. Elle essaie plutôt d’éviter qu’un village extraordinairement agréable à visiter devienne progressivement compliqué à habiter.
Les nouveaux chiffres de l’Insee n’établissent pas que les meublés touristiques sont responsables de la baisse démographique. Ils posent simplement une question devenue difficile à esquiver.
Riquewihr possède encore ses remparts, ses colombages et ses visiteurs. Pour les habitants, le stock commence à être plus fragile.
Sources : Insee ; ADIL du Haut-Rhin ; commune de Riquewihr ; tribunal judiciaire de Colmar.
