Le sapin de la discorde

À Kaysersberg, un sapin blanc décoré de boules bleues provoque l’intervention de la Cellule de crise alsacienne. Le propriétaire invoque une inspiration scandinave. Ses voisins réclament des explications.

Agent CCA de dos face à un sapin blanc décoré de guirlandes bleues et d'une étoile argentée
Photo créée artificiellement

CELLULE DE CRISE ALSACIENNE · CHRONIQUE SATIRIQUE

À Kaysersberg, on pardonne beaucoup de choses. Une tarte flambée légèrement brûlée, un kougelhopf sans amandes, voire un voisin qui ne balaie pas son trottoir le samedi. Mais il existe des limites.

Le 1er novembre, à 9 h 17, Madame Schmitt aperçut un sapin blanc dans la fenêtre de son voisin. Elle reposa immédiatement son café. Le sapin était artificiel. C’était déjà regrettable. Mais ce qui la préoccupait davantage, c’étaient les boules bleues qui le décoraient. Elle appela sa sœur.

— Germaine, il faut que tu viennes.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Je préfère que tu voies par toi-même.

Germaine arriva vingt minutes plus tard. Les deux femmes observèrent la fenêtre en silence.
— C’est peut-être provisoire, suggéra Germaine.
— Il a mis une étoile argentée. Germaine comprit que la situation était plus grave qu’elle ne l’avait imaginé. À 10 h 06, la Cellule de crise alsacienne recevait son premier signalement.

Une esthétique difficile à justifier

Les agents trouvèrent le propriétaire en train d’accrocher une guirlande bleue à sa porte.
— Vous êtes au courant ? demanda le responsable de l’intervention.
— De quoi ?
— De la couleur. L’homme expliqua qu’il souhaitait une décoration moderne, inspirée des paysages enneigés de Scandinavie. Le responsable nota soigneusement cette déclaration.

— Vous êtes scandinave ?
— Non.
— Vous avez de la famille en Scandinavie ?
— Non.
— Alors pourquoi ?

L’homme ne sut que répondre. Il avait pourtant eu toute la matinée pour préparer sa défense. Une inspection de la maison révéla dix-sept boules argentées, six guirlandes bleues et un renne lumineux dont les bois clignotaient. Le renne fut débranché par précaution.

Une médiation sous haute surveillance

Une réunion extraordinaire fut organisée à la mairie. Madame Schmitt exigea le remplacement immédiat des décorations. Germaine, plus conciliante, proposa de conserver les boules argentées à condition de les dissimuler derrière le sapin. Le propriétaire finit par accepter une guirlande rouge.
— Et du vert, ajouta Madame Schmitt.
— Le sapin est blanc.
— Justement.

Après deux heures de négociations, un accord fut signé. L’homme pourrait conserver son sapin blanc jusqu’au 15 novembre, à condition de fermer ses volets après 18 heures. La Cellule de crise alsacienne considéra l’affaire comme résolue. Le lendemain, Madame Schmitt aperçut une nouvelle décoration dans la fenêtre. C’était un petit Père Noël en costume violet. Elle décrocha son téléphone.

Cette fois, elle demanda directement le préfet.

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