À Ferrette, l’eau potable revient en camion : quatre ans après, la soif a de la mémoire

À Ferrette, l’eau potable manque de nouveau. Des camions-citernes ravitaillent le réservoir et la piscine a fermé ses portes. Le détail embêtant, c’est que la scène a déjà eu lieu. En 2020. Puis en 2022. À l’époque, on parlait de solutions pérennes. Quatre ans plus tard, le camion est revenu. Lui, au moins, connaît le chemin.

Camion-citerne d’eau potable entrant à Ferrette, illustration créée artificiellement
Image créée artificiellement

Il y a des traditions alsaciennes plus sympathiques que d’autres. La tarte flambée, le kougelhopf, les marchés de Noël. À Ferrette, on semble avoir ajouté une spécialité locale moins folklorique : le camion-citerne. Début septembre 2026, le voilà donc de retour. La production d’eau potable ne suffit plus à couvrir la consommation. Alors on transporte de l’eau jusqu’au réservoir. Pendant ce temps, la piscine du Jura alsacien ferme ses portes. Pas par pudeur. Par manque d’eau.

On pourrait mettre ça sur le compte d’un été sec, hausser les épaules et attendre la pluie comme on attend le facteur avec un recommandé qu’on n’a surtout pas envie de recevoir. Seulement voilà : le film a déjà été projeté. En 2020, Ferrette avait déjà dû être ravitaillée par citerne. En septembre 2022, rebelote. Des camions apportaient de l’eau potable et la piscine fermait déjà. À l’époque, la Communauté de communes évoquait la recherche de solutions pérennes.

Le mot était joli.

« Pérenne », c’est un mot d’élu. Dans la vraie vie, on dit plutôt : un truc qui dure.

Quatre ans plus tard, le truc qui dure surtout, c’est le camion.

La Chambre régionale des comptes avait pourtant regardé sous le tapis. Dans un rapport consacré à la Communauté de communes Sundgau, elle signalait déjà la vulnérabilité de plusieurs communes face au manque d’eau. Quatorze communes étaient identifiées comme présentant un risque de pénuries récurrentes, dont douze dans le Jura alsacien. Autrement dit, personne ne découvre aujourd’hui que Ferrette n’est pas exactement assise sur le lac Léman. Le problème était connu. Écrit. Chiffré. Rangé dans un rapport officiel avec des pages, des tableaux et probablement suffisamment d’agrafes pour assommer un sanglier. Alors la question devient moins confortable.

Qu’a-t-on fait depuis 2022 ?

Pas « qu’a-t-on prévu ? ». Pas « quelle réflexion a été engagée ? ». Pas « quelles pistes ont été étudiées dans le cadre d’une démarche territoriale transversale et résiliente ».

Qu’a-t-on fait ?

Quels travaux ont été réalisés ? Combien ont-ils coûté ? Les capacités de stockage ont-elles été augmentées ? Les réseaux ont-ils été interconnectés ? Les pertes ont-elles été réduites ? Quelle solution devait précisément permettre d’éviter qu’au prochain épisode sec un chauffeur de camion-citerne ne retrouve Ferrette sans GPS ? Parce qu’entre-temps, l’eau n’a pas reçu la note de service lui demandant de devenir plus abondante. Et le climat, lui, n’a pas l’air décidé à signer une convention de partenariat.

Il y a également cette piscine. La Chambre régionale des comptes évaluait à 5,8 millions d’euros les investissements consacrés à l’équipement de Ferrette. En période normale, une piscine consomme de l’eau. C’est même l’une de ses caractéristiques techniques les plus difficiles à contourner. En 2022, la Communauté de communes indiquait qu’elle pouvait nécessiter au minimum une trentaine de mètres cubes d’eau par jour. Voilà donc un territoire confronté depuis plusieurs années à une ressource fragile, avec un équipement aquatique coûteux qui doit fermer précisément lorsque cette ressource devient insuffisante.

Ce n’est pas forcément absurde. Mais ça mérite mieux qu’un haussement d’épaules.

Personne ne demande aux élus de faire tomber la pluie avec une danse rituelle sur la place de la mairie. Une sécheresse reste une sécheresse. On ne vote pas le niveau des nappes phréatiques à main levée. En revanche, anticiper une pénurie prévisible fait partie du boulot.

Quand une crise survient une première fois, c’est une alerte. Quand elle revient deux ans plus tard, c’est un problème.

Quand elle revient encore quatre ans après l’annonce de solutions pérennes, ça commence à ressembler à une question.

Et celle-ci tient en une ligne : Combien de camions-citernes faudra-t-il encore avant que la solution pérenne le devienne vraiment ?

Sources

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