Et si nos poubelles refusaient de maigrir ?

À Sausheim, le futur incinérateur sera plus petit. L’actuel peut théoriquement brûler 172 500 tonnes de déchets par an et en a incinéré 149 673 en 2025. Son remplaçant sera dimensionné pour 135 500 tonnes. Le calcul suppose donc une chose assez ambitieuse : dans quelques années, nous aurons réellement moins de déchets à lui donner. Sur le papier, tout va bien. Dans nos poubelles, c’est plus compliqué.

Poubelle brune renversée sur un trottoir, illustration de la réduction des déchets à Sausheim.
La future usine de Sausheim sera dimensionnée pour brûler moins de déchets. Encore faut-il que nos poubelles suivent le régime. Illustration créée artificiellement.

L’installation actuelle, mise en service en 1999, vieillit. Sa disponibilité technique tourne autour de 80 %, contre 92 à 94 % pour une usine moderne. Le SIVOM veut donc une installation plus fiable, plus efficace et capable de produire davantage d’énergie avec moins de déchets. Jusque-là, rien de particulièrement mystérieux. Le problème commence lorsqu’on regarde nos performances collectives.

Depuis 2010, les ordures ménagères résiduelles ont bien diminué : 276,4 kg par habitant contre 227,4 kg en 2024. Nous trions davantage. Très bien. Mais sur la même période, la quantité totale de déchets ménagers et assimilés est passée de 562,9 à 564,6 kg par habitant. Autrement dit, nous n’avons presque pas appris à produire moins de déchets. Nous avons surtout appris à mieux les répartir.

Le bac jaune se remplit mieux. La déchetterie travaille davantage. Le verre change de camion. Le déchet, lui, continue sa carrière.

Il faut maintenant changer de régime

m2A veut pourtant ramener la production totale à 478,5 kg par habitant en 2030, soit une baisse de 15 %. Après quatorze ans de quasi-stabilité, il faudra donc une rupture assez nette. Parmi les leviers : compostage, biodéchets, réemploi, lutte contre le gaspillage alimentaire, amélioration du tri et réduction des déchets verts.

La collecte des biodéchets doit notamment permettre de détourner à terme environ 3 460 tonnes par an des ordures résiduelles. C’est utile. Mais cela ne suffira pas à expliquer seul l’écart entre les 149 673 tonnes brûlées aujourd’hui et les 135 500 tonnes que pourra absorber l’usine de demain. Le SIVOM compte également sur un meilleur tri et sur la méthanisation des boues d’épuration.

La future usine repose donc bien sur un pari : les tonnages devront baisser.

Et si ça ne baisse pas ?

C’est la question la plus intéressante. m2A étudie justement des politiques incitatives, de nouveaux modes de facturation, une éventuelle taxe incitative et une réduction de la fréquence des collectes. Rien n’est décidé à ce stade.

Mais ailleurs, notamment dans le Sundgau, le principe existe déjà : l’utilisation du bac peut avoir une incidence sur la facture. Il faut reconnaître à l’être humain une remarquable sensibilité environnementale lorsque l’écologie commence à apparaître sur son relevé bancaire.

Et le SIVOM connaît déjà les conséquences d’un mauvais dimensionnement. Lorsque les déchets ménagers avaient diminué en 2013-2014, l’usine s’était retrouvée avec 10 000 à 12 000 tonnes de “vide de fours”. Pour mieux utiliser ses capacités, davantage de déchets d’entreprises avaient ensuite été recherchés. Entre 2016 et 2021, leurs tonnages avaient augmenté de 50 %.

Cette fois, le choix est inverse : construire plus petit pour ne plus avoir à chercher de quoi nourrir les fours. C’est cohérent.

À une condition : que nos poubelles acceptent enfin le régime.

Sources

SIVOM Mulhouse Sud Alsace ; Mulhouse Alsace Agglomération ; rapports annuels déchets du SIVOM ; Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés de m2A ; Communauté de communes Sundgau.

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