Le brame du cerf revient dans le Haut-Rhin. Il suffit de savoir écouter.

Pendant onze mois, le cerf se fait plutôt discret. Puis arrive septembre. Et soudain, monsieur estime nécessaire d’expliquer à toute la montagne qu’il est disponible.

Cerf élaphe au crépuscule dans une forêt vosgienne pendant la période du brame
Crédit photo : Joele Pitzalis – unsplash

Le brame revient dans les forêts vosgiennes. Ce cri rauque et profond accompagne la période de reproduction du cerf élaphe, généralement de septembre à la mi-octobre. Les mâles appellent les femelles, avertissent leurs concurrents et, lorsque la conversation ne suffit plus, peuvent terminer la discussion bois contre bois.

La diplomatie forestière possède ses limites.

Quelque part dans le noir

Le brame s’entend surtout lorsque la lumière décline et durant la nuit. On peut rester plusieurs minutes sans rien percevoir, puis entendre soudain un cri immense sortir d’un endroit où, une seconde auparavant, il n’y avait apparemment que des arbres.
C’est précisément ce qui rend l’expérience fascinante.

On imagine volontiers une clairière parfaite, un peu de brume et un cerf majestueux placé exactement au centre, avec le bon profil. La forêt est généralement moins coopérative avec Instagram.
On peut parfaitement vivre une magnifique soirée de brame sans voir le moindre cerf.
Et ce n’est pas un échec.

Vous voyez des biches ? Ne gagnez pas dix mètres de plus

La tentation est pourtant forte. Quelques silhouettes apparaissent. Une biche, puis deux. Le téléphone sort de la poche et l’être humain retrouve immédiatement l’une de ses grandes spécialités : vouloir s’approcher.

Mauvaise idée.

Pendant le rut, les femelles se regroupent et un mâle peut se trouver à proximité sans être visible. Or un cerf adulte peut atteindre 250 kilos. À cette période, les mâles peuvent également se montrer agressifs.

La nuit possède en outre une propriété assez remarquable : elle cache très efficacement deux cents kilos de cerf derrière un arbre.

L’Office national des forêts recommande donc de rester éloigné des places de brame, de ne pas quitter les chemins forestiers autorisés et de ne jamais chercher le contact avec les animaux.

Pour une fois, reculer discrètement constitue une excellente démonstration de courage.

La lampe sert à marcher, pas à trouver le cerf

Une lampe de poche peut évidemment être utile pour retrouver son chemin ou éviter de découvrir une racine avec le front.

Elle ne doit en revanche pas servir à rechercher les animaux.

L’ONF rappelle que les lampes torches, phares de voiture et flashes ne doivent pas être utilisés pour observer les cervidés. L’éclairage perturbe les animaux pendant une période particulièrement sensible.

Même principe pour le chien : l’ONF recommande de ne pas l’emmener, même tenu en laisse.

Et puisque le cerf possède une ouïe et un odorat qui ridiculisent assez facilement les nôtres, on évitera également les conversations, les vêtements très bruyants et le parfum généreusement administré avant de partir.

Le cerf n’a rien contre votre eau de toilette.

Il préférerait simplement ne jamais savoir qu’elle existe.

Pas besoin de connaître « le bon endroit »

C’est sans doute le conseil le plus utile.

Il n’est pas nécessaire de pénétrer profondément dans une forêt pour entendre le brame. L’ONF indique que les appels peuvent être perçus depuis ses abords.

Chercher une place de brame précise, s’en approcher ou publier ensuite sa position sur les réseaux sociaux produit exactement l’effet inverse de celui recherché : davantage de visiteurs, davantage de lumière, davantage de bruit et, finalement, beaucoup moins de tranquillité pour les animaux.

Une clairière supporte assez mal de devenir en trois jours le « super spot brame » de quarante personnes équipées de lampes frontales.

Écouter plutôt que conquérir

Il faut finalement accepter une règle devenue assez inhabituelle : on peut passer une excellente soirée sans rapporter une seule photographie.

Marcher un peu. S’arrêter. Attendre.

Puis entendre quelque part derrière les arbres ce son grave qui paraît beaucoup trop important pour appartenir à quelque chose que l’on ne voit pas.

Et rester là.

Le brame est probablement l’un des rares spectacles où la meilleure place consiste précisément à ne pas s’approcher de la scène.

À lire aussi sur ActuRhin : Brame du cerf 2026 : les sorties organisées en Alsace, pour découvrir plusieurs sorties accompagnées programmées en septembre et octobre.

Sources

Office national des forêts (ONF)
Office français de la biodiversité (OFB)

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