Mulhouse : pourquoi démolir des centaines de logements alors que la France en manque ?
Pendant que la France cherche des logements, Mulhouse en démolit. Aux Coteaux, les tours disparaissent. Au Nouveau Drouot, un ensemble entier d’immeubles a été rasé. Une curieuse manière de répondre à la crise du logement. À moins que le problème mulhousien ne soit pas tout à fait celui que l’on croit.

Le plan Borloo, ou la démolition organisée
En 2003, Jean-Louis Borloo lance un vaste programme national de rénovation urbaine. L’idée est de transformer les grands ensembles qui concentrent les difficultés : démolir certains bâtiments, en conserver d’autres, construire des logements différents et ouvrir les quartiers sur le reste de la ville.
Mulhouse adopte cette philosophie avec une certaine application.
Aux Coteaux, les tours Alexandre-Dumas et la barre Jules-Verne figurent dans le calendrier des démolitions de 2026. À terme, le programme élargi prévoit plus de 1 050 logements démolis pour un peu plus de 500 reconstruits sur place, sans compter les logements sociaux reconstitués ailleurs dans l’agglomération.
La calculette est formelle : le nouveau quartier ne ressemblera pas à l’ancien.
Mais pourquoi ne pas simplement rénover ? Après tout, les immeubles sont déjà construits. C’est même leur principale qualité.
Au Nouveau Drouot, le béton avait aussi un problème de fréquentation
Les Mulhousiens qui ont connu la rue de la Navigation se souviennent de ces immeubles de quelques étages, construits dans les années 1950. Six bâtiments, 289 logements. Tout a disparu.
En 2018, m2A Habitat expliquait pourquoi : appartements trop petits, pièces mal agencées, bâtiments vieillissants. Une rénovation aurait coûté cher sans résoudre les problèmes d’enclavement et de sécurité du quartier.
Voilà une dimension que les discours sur la rénovation urbaine abordent parfois avec une délicatesse excessive : certains quartiers connaissaient aussi de sérieux problèmes d’insécurité.
Aux Coteaux, les pouvoirs publics ont également identifié des difficultés de sécurité, de circulation et de fonctionnement des grands ensembles. La transformation urbaine doit notamment permettre de mieux ouvrir ces espaces et de les relier aux quartiers voisins.
Il serait évidemment merveilleux que la disparition d’un immeuble entraîne celle de la délinquance. Les pelleteuses auraient alors toute leur place dans les effectifs de la police nationale.
Mais la logique est différente : modifier l’organisation des quartiers pour tenter d’en améliorer durablement le fonctionnement. Ce qui suppose aussi d’agir sur les difficultés sociales, l’éducation et la sécurité.
Mulhouse possède déjà beaucoup de logements. Le problème est ailleurs.
Voici le chiffre qui change notre regard sur ces démolitions.
Selon l’INSEE, Mulhouse comptait 9 396 logements vacants en 2023, soit 16,1 % de son parc immobilier. Près d’un logement sur six.
Cela ne signifie pas que 9 396 appartements attendent gentiment leur prochain locataire, les fenêtres ouvertes et le chauffage allumé. Certains nécessitent de lourds travaux, d’autres ne correspondent plus aux attentes des ménages. Et la vacance immobilière n’efface pas les besoins en logements sociaux accessibles.
Mais Mulhouse possède une particularité : son problème n’est pas uniquement de construire davantage. C’est aussi de rendre son parc immobilier plus attractif.
Démolir pour reconstruire autrement prend alors un autre sens.
Ce n’est pas seulement une histoire d’immeubles
Détruire des bâtiments à une époque où construire coûte si cher peut néanmoins surprendre. Les matériaux ont augmenté, les exigences environnementales aussi, et les immeubles démolis représentent des ressources qu’il faudra, au moins partiellement, remplacer.
Mais les opérations du Drouot et des Coteaux s’inscrivent dans une transformation plus générale de Mulhouse.
Aux Coteaux, la Ville prévoit un village urbain composé de petits immeubles et de maisons de ville, de nouvelles rues, trois groupes scolaires et des équipements publics. Au Nouveau Drouot, le projet vise à créer une nouvelle entrée de ville et à valoriser les berges du canal.
L’objectif municipal est de diversifier les logements, d’améliorer le cadre de vie et de rendre ces secteurs plus attractifs. La question sera de savoir si les habitants, anciens comme nouveaux, profiteront réellement de cette transformation.
Mulhouse ne cherche donc pas simplement à remplacer des immeubles. Elle cherche à changer la manière dont certains de ses quartiers sont habités.
Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour découvrir que construire des logements et construire une ville n’étaient pas exactement la même chose.
Sources
- Ville de Mulhouse — Programme de renouvellement urbain : Drouot, Coteaux et transformation des quartiers.
- Ville de Mulhouse — Étude d’impact du projet des Coteaux, septembre 2024, page 30 : démolitions et reconstruction.
- m2A Habitat — Nouveau Drouot : pourquoi la démolition ?.
- INSEE — Dossier complet de Mulhouse, logements vacants en 2023.
- Légifrance — Loi du 1er août 2003 relative à la rénovation urbaine.
