Mulhouse : 133 000 € pour rénover un logement social. Non, il n’y a pas de zéro en trop !
Au Haut-Poirier, la rénovation de 176 logements sociaux représente un budget annoncé de 23,43 millions d’euros. À l’Ancien Drouot, on approche désormais les 55 millions. Des sommes qui donnent envie de vérifier sa calculette avant de regarder ce que les ouvriers ont réellement à refaire. Nous avons épluché les délibérations municipales. Les chiffres sont bien là.

Au Haut-Poirier, le logement social se refait une santé à 133 000 €
J’ai d’abord cru à une erreur. Une virgule égarée, un zéro surnuméraire, un stagiaire qui aurait confondu les euros avec les anciens francs. Mais non. Dans une délibération du 13 avril 2023, la Ville de Mulhouse annonce 23 430 000 € pour rénover 176 logements sociaux au Haut-Poirier. Soit exactement 133 125 € par appartement. Et la municipalité prend même soin d’arrondir le montant à 133 000 € dans son propre document. Voilà qui évite de soupçonner notre calculette de mauvaise conduite.
Il faut dire que les bâtiments ont de la bouteille. Construits au début des années 1930, ces trente immeubles n’avaient jamais bénéficié d’une rénovation d’ensemble depuis leur mise en service. Au programme : isolation, chauffage, toiture, fenêtres, canalisations, clôtures, gestion des eaux pluviales et amélioration de l’accessibilité. Certains appartements doivent même recevoir des éléments de confort dont ils étaient jusqu’alors privés, notamment une salle de bains. En matière de performance énergétique, l’objectif annoncé est de faire passer les logements de la classe G à la classe C.
Autrement dit, il ne s’agit pas de changer la tapisserie et d’offrir un pot de peinture aux locataires. On reprend sérieusement la maison. Sans lui demander de déménager. Le montant de 23,43 millions correspond au budget global présenté en 2023, et non à un bilan définitif du chantier. Le Haut-Poirier a néanmoins encore été présenté en décembre 2025 comme une opération mobilisant plus de 100 000 € de travaux par logement.
À l’Ancien Drouot, 55 millions. On ne parle plus de petite monnaie.
Changeons de quartier, mais conservons notre calculette. À l’Ancien Drouot, rebaptisé « Les Jardins du Drouot », m2A Habitat a entrepris la rénovation d’une cité-jardin construite pendant l’entre-deux-guerres. Le programme annoncé en juillet 2024 concernait 821 logements répartis dans 31 bâtiments, pour un budget de 52 millions d’euros.
Déjà, la somme avait une certaine allure. Mais lors du conseil municipal du 5 février 2026, les chiffres ont évolué : 814 logements et un coût de revient prévisionnel de 54 839 247,48 €. Soit environ 67 370 € par appartement.
À ce tarif, on regarde la liste des travaux avec une attention toute particulière. Isolation thermique, nouvelles fenêtres, ventilation, remplacement du système de chauffage, raccordement au réseau de chaleur urbain, sécurité incendie, accessibilité et réaménagement des espaces communs. Là encore, l’objectif est de remettre une cité presque centenaire au goût du jour, sans effacer son architecture. Le chantier a commencé en 2024 et son achèvement était annoncé pour 2028.
Mais qui sort le portefeuille ?
Parce que 23 millions ici, 55 millions là, cela commence à faire une addition qui mérite davantage qu’un ticket de caisse. Au Haut-Poirier, le plan de financement initial de 2023 prévoyait 17,67 millions d’euros d’emprunts, 2,5 millions de subvention municipale, 1,76 million provenant de l’État, 264 000 € de m2A et 1,23 million de fonds propres. À l’Ancien Drouot, le dernier plan de financement prévoit notamment 29,06 millions d’emprunts, 7,87 millions de subvention de l’ANRU, 4,48 millions de la Ville et 10,04 millions de fonds propres de m2A Habitat. La Collectivité européenne d’Alsace et l’agglomération participent également au financement.
Attention donc : ces 78 millions d’euros cumulés ne sortent pas intégralement du budget municipal. Les deux opérations sont portées par le bailleur social, avec des emprunts et plusieurs partenaires publics. Reste que les montants ont de quoi surprendre. Et ils montrent à quel point remettre un patrimoine ancien aux normes actuelles peut mobiliser des moyens considérables.
Au Haut-Poirier, l’investissement annoncé par appartement dépasse même le prix auquel certains Mulhousiens espèrent acheter leur propre logement. Il ne s’agit pourtant pas d’une acquisition. Les immeubles sont déjà là, les murs aussi, et personne n’a commandé de terrain supplémentaire. Simplement, derrière une façade qui tient encore debout peuvent se cacher des décennies de travaux à rattraper.
On croyait parler d’un coup de jeune. À 133 000 € par appartement, c’est une seconde naissance.
