À Mulhouse, 599 caméras pour compliquer la vie des dealers et des casseurs

Elles étaient déjà là, les yeux ouverts dans les parties communes des immeubles de m2A Habitat. Mais désormais, lorsqu’une intervention l’exigera, leurs images pourront arriver en direct au Centre de supervision urbain et à la police nationale. 599 caméras qui vont donc pouvoir donner quelques yeux supplémentaires aux forces de l’ordre. Avec des verrous, une grosse fibre optique et une facture laissée au bailleur.

Caméra de surveillance dans un hall d’immeuble collectif dégradé
Image créée artificiellement

599 caméras. Pas trois webcams au-dessus d’un local à poubelles : 599 caméras appartenant à m2A Habitat sur le territoire de Mulhouse. Elles surveillent les parties communes de son parc locatif et servent déjà à la sécurité des immeubles, notamment face aux violences, vols et dégradations.

Le conseil municipal de Mulhouse a approuvé à l’unanimité, le 24 septembre, une convention entre la Ville, l’État et m2A Habitat. Elle permettra désormais, lorsque la situation l’exige, de transmettre les images en temps réel au Centre de supervision urbain, puis au centre de commandement de la police nationale.

Pour une bagarre, un hall dégradé, un attroupement qui tourne mal ou une intervention sur un lieu de trafic, l’intérêt est assez évident : les policiers pourront potentiellement voir ce qui les attend avant de pousser la porte.

La police regarde, m2A garde la télécommande

Pas question pour autant de transformer les 599 caméras en chaîne d’info permanente pour commissariat insomniaque.

La police ne pourra pas se promener à volonté dans le réseau de m2A Habitat pour regarder ce qui mijote dans tel hall ou tel parking. Elle devra demander le transfert des images, et m2A Habitat conservera la maîtrise de son déclenchement.

La convention prévoit plusieurs situations : atteintes à l’intégrité physique, vols, dégradations, attroupements, occupations abusives ou interventions des services de police. Elle ne parle pas directement de « dealers », de trafic de stupéfiants ou de proxénétisme. Mais dès lors qu’une opération de police entre dans ce cadre, les caméras peuvent évidemment devenir de précieux témoins.

Et sitôt l’intervention terminée, le rideau tombe : le transfert doit être arrêté.

Les policiers ne pourront pas non plus enregistrer eux-mêmes les images reçues. Les enregistrements restent chez m2A Habitat, où ils sont conservés au maximum trente jours, sauf nécessité judiciaire. Les accès seront identifiés et tracés.

Bref, on ouvre la fenêtre à la police, on ne lui donne pas les clés de l’immeuble numérique.

143 000 euros pour brancher les yeux

Pour faire voyager les images, il faut tout de même un peu plus qu’une rallonge électrique. La convention prévoit notamment une passerelle informatique et environ 700 mètres de fibre optique dédiée entre m2A Habitat et le CSU.

Montant annoncé pour la mise en place : 143 000 euros.

Et qui paie ?

m2A Habitat.

Pour la Ville de Mulhouse et la police nationale, le transfert est prévu à coût nul. Le bailleur prendra également en charge la location, l’entretien et le renouvellement du matériel nécessaire.

Les 143 000 euros ne constituent donc pas nécessairement la facture définitive : les frais récurrents resteront eux aussi chez m2A Habitat, sans que la convention précise leur montant annuel.

La logique se défend : les immeubles sont ceux du bailleur, les caméras également, et moins de dégradations ou d’occupations de halls, c’est aussi moins de dégâts à réparer.

Il n’empêche que l’image a quelque chose de savoureux : la police gagne potentiellement 599 paires d’yeux supplémentaires, et c’est le propriétaire des yeux qui règle les lunettes.

La convention est conclue pour un an et pourra être renouvelée. Il restera alors un chiffre beaucoup plus intéressant que le nombre de caméras : combien de fois la police s’en servira réellement.

Parce que 599 caméras, c’est beaucoup d’yeux. Encore faut-il qu’il y ait quelqu’un derrière au bon moment.

Sources

  • Ville de Mulhouse — Conseil municipal du 24 septembre 2026, délibération relative au déport des images des caméras de m2A Habitat.
  • Ville de Mulhouse / État / m2A Habitat — Convention relative au transfert des images vers le Centre de supervision urbain et la police nationale.
  • Annexe technique à la convention — raccordement, fibre optique, passerelle informatique, sécurité des accès et financement.

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