Data center Microsoft : 80 % des contributions contre, avis favorable quand même

Près de 80 % des contributions déposées pendant l’enquête publique étaient défavorables au projet de data center Microsoft à Petit-Landau et Hombourg. Le commissaire enquêteur, lui, a rendu un avis favorable le 24 août.

Panneau d’entrée de Petit-Landau entouré d’une aura électronique bleue dans un paysage rural.
Petit-Landau est au cœur du projet de data center porté par Microsoft dans le Haut-Rhin. Illustration créée artificiellement.

Bienvenue dans cette merveilleuse invention française qu’est l’enquête publique : on vous demande votre avis, puis quelqu’un d’autre décide ce qu’il faut en penser.

Précisons immédiatement une chose avant que les mots ne commencent à faire n’importe quoi : Microsoft n’a pas encore obtenu l’autorisation définitive de construire son data center. L’avis favorable du commissaire enquêteur est une étape importante, mais il reste notamment l’autorisation environnementale, les permis de construire et les procédures liées au raccordement électrique. Le chantier administratif est presque aussi impressionnant que le futur chantier tout court.

Et le futur chantier, justement, n’est pas une cabane avec trois serveurs et une multiprise.

Le projet occuperait environ 36 hectares à Petit-Landau et Hombourg. Il comprendrait trois bâtiments consacrés aux équipements numériques, des locaux techniques et administratifs, une sous-station électrique, des voiries, du stationnement et des bassins d’infiltration. Environ 126 000 m² seraient consacrés aux espaces verts.

Le montant annoncé dépasse 2 milliards d’euros.

À ce tarif-là, même les électrons doivent entrer par la grande porte.

Une consommation électrique qui ne tient pas dans la marge

Le chiffre le plus spectaculaire vient de la Mission régionale d’autorité environnementale : plus de 1 500 GWh d’électricité par an.

Pour donner une échelle à cette chose, la MRAe compare cette consommation à environ 80 % de celle des ménages du Haut-Rhin. Elle évoque aussi 111 groupes électrogènes de secours. Le projet relève notamment des réglementations IED et Seveso.

L’autorité environnementale n’avait d’ailleurs pas accueilli le dossier en lançant des pétales de rose.

Dans son avis, elle relevait des insuffisances concernant notamment l’énergie, les rejets atmosphériques, l’évaluation sanitaire, le changement climatique, l’artificialisation des terres agricoles et certaines informations environnementales. Une partie de l’étude des dangers avait également été placée sous confidentialité.

C’est là que l’histoire devient intéressante.

En mars, l’autorité environnementale dit en substance : il reste beaucoup de choses à éclaircir.

En août, le commissaire enquêteur dit : avis favorable.

Ce n’est pas contradictoire juridiquement. Intellectuellement, en revanche, cela mérite au moins qu’on ouvre les yeux.

36 hectares, dont des terres agricoles

L’emprise concerne environ 36 hectares de terres agricoles, dont une dizaine exploités en agriculture biologique selon la MRAe. Plus de la moitié de la surface du projet serait imperméabilisée.

Microsoft annonce parallèlement environ 200 emplois directs lorsque le site fonctionnera. Le groupe inscrit cette implantation dans son programme massif d’investissement français dans le cloud et l’intelligence artificielle, annoncé en 2024.

Nous avons donc le menu classique des grands projets contemporains : emplois, investissements, souveraineté numérique, terres agricoles, énergie, environnement.

Tout le monde apporte son assiette.

Personne ne mange la même chose.

Et l’eau dans tout ça ?

Le dossier présenté au commissaire enquêteur prévoit environ 5 000 m³ d’eau potable par an. Selon ses conclusions, le site ne serait raccordé ni au Rhin ni directement à la nappe phréatique d’Alsace. Microsoft a par ailleurs indiqué devant l’Assemblée nationale que ses nouveaux centres de données français reposent sur des systèmes de refroidissement fonctionnant en circuit fermé.

C’est évidemment un point sensible dans une région où l’on commence à regarder l’eau avec la tendresse inquiète que l’on réserve généralement aux derniers rouleaux de papier toilette avant un confinement.

Mais il faut rester précis : les éléments actuellement disponibles ne permettent pas d’affirmer que ce data center va « vider la nappe d’Alsace ». Ce serait spectaculaire, anxiogène et faux. Internet produit déjà suffisamment de choses de ce genre sans notre aide.

80 % contre. Et pourtant.

Environ 665 contributions ont été recueillies pendant l’enquête publique et près de 80 % étaient défavorables au projet.

Cela ne signifie pas que 80 % des habitants sont opposés au data center. Une enquête publique n’est pas un référendum : ceux qui participent le font volontairement et ne constituent pas un échantillon représentatif de la population.

Mais 80 % de contributions négatives, ça reste 80 %.

Et ce serait assez gonflé de prétendre que personne n’a toussé.

Les communes elles-mêmes sont divisées. Petit-Landau s’est prononcée favorablement, tout comme Chalampé, Niffer et Ottmarsheim. Hombourg et Bantzenheim ont rendu des avis défavorables. Le projet réussit donc déjà une prouesse technologique avant même d’être construit : faire circuler énormément de tension sans produire le moindre kilowattheure.

Un avis favorable, mais pas un blanc-seing

Le commissaire enquêteur a finalement rendu un avis favorable assorti d’une réserve et de trois recommandations. La réserve connue porte sur le bruit : des mesures acoustiques devront être réalisées lorsque le site fonctionnera et des corrections devront être apportées si les niveaux constatés s’avèrent excessifs.

La suite appartient désormais aux autorités compétentes : préfecture, communes, m2A et procédures de raccordement électrique.

RTE prévoit notamment deux liaisons souterraines de 225 000 volts depuis un futur poste électrique « Sud Alsace ». D’autres procédures devront encore être menées pour ce raccordement.

Microsoft a donc franchi une porte importante.

Il en reste plusieurs.

Et vu la consommation annoncée, on peut raisonnablement supposer qu’elles seront électriques.

Sources

  • Préfecture du Haut-Rhin
  • Mission régionale d’autorité environnementale Grand Est
  • Compagnie nationale des commissaires enquêteurs
  • Mulhouse Alsace Agglomération
  • Microsoft France
  • Assemblée nationale
  • Portail environnemental UVP-Verbund
  • Rue89 Strasbourg
  • La Tribune / AFP

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