Haut-Rhin : le loyer mange à sa faim, pas toujours les locataires

Dans le Haut-Rhin, les associations distribuent des millions de repas. Pendant ce temps, le logement dévore une partie des revenus et certains réfrigérateurs connaissent des fins de mois particulièrement contemplatives.

Une femme inquiète examine une facture dans sa cuisine, devant un réfrigérateur presque vide et quelques produits alimentaires.
Image créée artificiellement

Le loyer est un personnage admirable. Il arrive à date fixe, se sert en premier et ne demande jamais si les autres ont encore faim. On aimerait parfois lui enseigner les bonnes manières. Hélas, il préfère les virements bancaires.

En 2025, le Secours populaire du Haut-Rhin a accompagné 9 741 personnes et distribué 66 357 aides alimentaires. Le volume de ces aides a augmenté de 20 % en quatre ans. La générosité progresse, certes. Les besoins aussi. C’est une compétition dont on se passerait volontiers.

Les Restos du Cœur ont, de leur côté, distribué plus de 1,3 million de repas dans le département durant leur campagne 2024-2025. On aurait préféré qu’ils battent des records dans une discipline moins nécessaire.

Le logement a bon appétit

Selon la CAF, en 2023, 5 750 foyers haut-rhinois consacraient plus de 40 % de leurs revenus au loyer et aux charges, même après les aides au logement. À ce niveau, le logement n’est plus une dépense. C’est un convive qui se ressert avant même que les autres aient touché à leur assiette.

À Mulhouse, les données de l’Insee sont tout aussi éloquentes : le taux de pauvreté atteignait 36,5 % en 2023. Plus d’une personne sur trois parmi la population prise en compte. Voilà une statistique qui aurait mérité de rester une faute de frappe.

Mais derrière ces nombres, combien de salariés dont la paie ne suffit plus ? Combien de retraités contraints de choisir entre se chauffer et manger ? Combien de familles reviennent chaque année demander de l’aide ? Les chiffres disponibles ne permettent pas encore de le dire.

J’ai longtemps cru qu’établir un budget consistait à répartir ce que l’on possède. Il semblerait que, pour beaucoup, l’exercice consiste surtout à répartir ce qui manque.

Heureusement, les bénévoles sont là. Ils distribuent des repas, accueillent, écoutent et tentent de réparer ce qu’une addition de dépenses a défait. Reste une question embarrassante : comment en sommes-nous arrivés à considérer l’aide alimentaire comme une composante presque ordinaire de notre société ?

On dit que l’argent ne fait pas le bonheur. J’ai tenté de l’expliquer à la caissière du supermarché. Elle a tout de même insisté pour que je paie.


Sources

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