PFAS à Saint-Louis : les polluants étaient là bien avant le courrier

Des PFAS détectés dans la nappe dès 2016, des habitants informés en janvier 2024, puis des restrictions de consommation en 2025. Dans l’agglomération de Saint-Louis, l’eau est aujourd’hui redevenue conforme. Mais cette histoire laisse quelques questions au fond du verre.

Une main tient un verre d’eau sous un robinet, illustration des PFAS dans l’eau potable à Saint-Louis
Image créée artificiellement

Les PFAS ont une qualité dont on se passerait volontiers : ils savent durer. À Saint-Louis, ils étaient déjà repérés dans les eaux souterraines en 2016. La première information directe aux consommateurs que nous avons pu retrouver date, elle, de janvier 2024. Huit années séparent ces deux repères. De quoi se demander si les molécules n’avaient pas pris un peu d’avance sur le courrier. Reste une inconnue essentielle : depuis quand étaient-elles présentes dans l’eau effectivement distribuée aux habitants ?

Le document adressé aux abonnés par Saint-Louis Agglomération et Veolia commence par évoquer une évolution de la réglementation nationale intervenue en 2023. L’explication est exacte. Cette année-là, la France introduit une limite de qualité de 0,1 microgramme par litre pour la somme de vingt PFAS dans l’eau potable. Leur recherche systématique devient obligatoire en janvier 2026.

Seulement voilà : la réglementation était nouvelle, pas la pollution.

Une vieille connaissance de la nappe

L’APRONA, organisme chargé de surveiller la nappe d’Alsace, avait déjà identifié en 2016 des concentrations importantes de PFAS dans le secteur de Saint-Louis. Des analyses historiques existent également pour le forage Bodenwasen, à Hésingue, exploité pour l’alimentation en eau potable.

En 2023, les contrôles de l’eau distribuée révèlent des concentrations atteignant 0,31 microgramme par litre, soit plus de trois fois la limite réglementaire.

Attention toutefois à ne pas mélanger les eaux. Mesurer des PFAS dans une nappe en 2016 ne démontre pas que les habitants recevaient alors les mêmes concentrations à leur robinet. Pour le savoir, il faudrait reconstituer les captages utilisés, les mélanges d’eau et les résultats des contrôles de distribution de l’époque.

Ces éléments ne permettent pas non plus d’affirmer que les autorités chargées de l’eau potable connaissaient dès 2016 les concentrations effectivement consommées par les habitants.

Ce qui est certain, c’est que les polluants n’ont pas attendu 2023 pour exister.

Des risques sanitaires désormais bien documentés

Ces substances, surnommées « polluants éternels », résistent remarquablement bien à la dégradation. Certaines peuvent s’accumuler dans l’organisme. Les travaux scientifiques documentent notamment une diminution de la réponse immunitaire à certains vaccins et des associations avec une augmentation du cholestérol. Le PFOA, retrouvé parmi les substances analysées dans le secteur, est classé cancérogène pour l’être humain par le Centre international de recherche sur le cancer.

Cela ne signifie pas qu’une maladie constatée chez un habitant de Saint-Louis serait imputable à son eau du robinet. Aucune étude locale retrouvée dans le cadre de notre enquête ne permet aujourd’hui de tirer une telle conclusion.

Mais la durée de l’exposition compte. Et c’est précisément celle que les données disponibles ne permettent pas encore de reconstituer avec certitude.

L’eau est conforme. La facture reste à éclaircir.

En mai 2025, onze communes se retrouvent concernées par des restrictions de consommation destinées aux personnes les plus sensibles, notamment les enfants de moins de deux ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes immunodéprimées.

Il faudra attendre le 15 décembre 2025 pour que toutes les restrictions soient levées, après l’installation de filtres à charbon actif. Les analyses confirment alors le retour sous la limite réglementaire.

Une bonne nouvelle, évidemment. Mais une bonne nouvelle coûteuse.

Le dispositif provisoire est estimé à 6,5 millions d’euros hors taxes. Les futures stations permanentes, prévues pour 2027, pourraient coûter jusqu’à 13,5 millions supplémentaires. À cela s’ajouteraient quelque 600 000 euros de fonctionnement chaque année.

L’aéroport de Bâle-Mulhouse, l’État et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse figurent parmi les financeurs annoncés. Reste à déterminer précisément ce que les consommateurs devront payer, notamment à travers leur facture d’eau.

Car si les filtres permettent aujourd’hui de distribuer une eau conforme, ils n’effacent ni l’histoire de la contamination, ni les interrogations sur ses conséquences sanitaires.

L’eau a retrouvé sa conformité. Il reste à faire toute la lumière sur son passé.


Sources

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