À 96 ans, il publie le journal d’amour écrit avec son épouse disparue

Né à Altkirch, Jean Witt a 96 ans. Sa femme Janine est morte en 2012, après dix-huit années de maladie d’Alzheimer. Mais il lui reste quelque chose d’extraordinaire : deux années de conversations amoureuses, consignées dans de vieux agendas. Aujourd’hui, il en fait un livre. Et l’on découvre qu’il existe des amours auxquels même le temps ne sait pas quoi répondre.

Jean et Janine Witt photographiés ensemble en 1962
Jean et Janine Witt en 1962.

Tout a commencé par un cadeau. Un simple agenda illustré, offert par une amie. Jean et Janine Witt auraient pu y noter leurs rendez-vous, leurs obligations, leurs courses. Ils ont préféré y raconter leurs journées.

Au début, ce n’était pas grand-chose. Une promenade à Oberbronn. Un goûter dans une pâtisserie de Haguenau. Quelques mots pour ne pas oublier les petites joies de la veille.

Puis les phrases se sont allongées. Les souvenirs ont appelé les confidences, les confidences ont entraîné des conversations amoureuses. Les pages se sont remplies, jusqu’à déborder sur les illustrations.

L’agenda était devenu trop petit pour contenir leur bonheur.

« Janine trouve, Jean est son scribe »

C’était en 1993 et 1994. Chaque matin, Jean et Janine prenaient le temps d’écrire ensemble.

Janine avait les idées. Jean tenait la plume. Elle s’en amusait : « Janine trouve, Jean est son scribe. »

Elle avait de l’imagination, du caractère, de l’humour et cette franchise désarmante qui rend les déclarations d’amour bien plus belles lorsqu’elles ne ressemblent à aucune autre.

Un jour, elle lui avait lancé :

« Je t’aime, que veux-tu que j’y fasse. »

Il faudrait probablement plusieurs volumes de philosophie pour expliquer cette phrase. Janine avait réglé la question en neuf mots.

Ces matinées, Jean ne les a jamais oubliées. Dans les réponses écrites qu’il a confiées à ActuRhin, il les décrit comme des moments de grâce, parmi les plus beaux de leur vie de couple.

Il se souvient de cette envie presque insatiable d’écouter l’autre. De ce bonheur de parler, tout simplement. De ces instants où personne ne vient interrompre une conversation parce qu’il faut faire autre chose.

Ils avaient trouvé un luxe que l’argent n’achète pas : du temps l’un pour l’autre.

Puis les mots ont commencé à manquer

La maladie d’Alzheimer est arrivée après ces deux années d’écriture.

Janine, qui avait tant de choses à dire, allait progressivement perdre une partie de cette mémoire qui nourrissait leurs conversations. Elle a demandé à Jean de mettre fin à leur journal.

La maladie a duré dix-huit ans. Janine est décédée le 26 novembre 2012.

Jean a déjà consacré deux livres à ces années bouleversées par Alzheimer. Mais son troisième ouvrage, Journal des vieux amants, raconte autre chose.

Il revient avant la maladie. Avant que leur quotidien ne soit transformé. Au temps de cette Janine pleine d’esprit, de fantaisie et de questions inattendues.

D’ailleurs, Jean n’a jamais vraiment abandonné leurs vieux agendas. Il les relisait régulièrement. Trente ans plus tard, il n’y a pas retrouvé des souvenirs oubliés, mais quelque chose qu’il mesure encore davantage aujourd’hui : l’extraordinaire personnalité de son épouse.

À 96 ans, cet ancien enfant d’Altkirch publie donc le journal de leurs matinées heureuses, chez Labor et Fides.

Et ce qui frappe, dans son témoignage, c’est qu’il ne cherche pas à faire de Janine une figure idéalisée. Il raconte sa manière bien à elle de le surprendre et de l’entraîner dans des discussions auxquelles il ne s’attendait pas.

C’est précisément ce qui la rend si présente.

L’amour ne prend pas de rides

Nous avons demandé à Jean ce que Janine lui avait appris de plus précieux sur l’amour.

Sa réponse tient dans une image :

« L’amour s’entretient comme le feu. Faute d’être alimenté, le feu s’éteint. »

Mais Jean aime les mots et leurs doubles sens. Entretenir l’amour, c’est aussi avoir un entretien. Se parler. S’écouter. Se raconter. Continuer à découvrir celui ou celle dont on partage pourtant la vie depuis des décennies.

Il appelle cela « l’amour parlé ».

« Cet amour-là ne prend pas de rides », assure-t-il.

À 96 ans, Jean Witt continue d’écrire. Janine n’est plus là pour trouver les idées, mais ses mots sont toujours sur les pages. Ses plaisanteries, ses interrogations, ses tendresses. Toute cette vie ordinaire dont ils avaient pris soin de garder la trace.

Et puis Jean nous confie une dernière parole de son épouse. Elle était déjà malade d’Alzheimer lorsqu’elle la lui a dite.

Une phrase étrange, magnifique, comme si le mot « amour » était soudain devenu trop petit pour contenir ce qu’elle ressentait encore.

« Je t’aime beaucoup. Ce n’est pas de l’amour mais quelque chose de beaucoup plus précieux. »


Journal des vieux amants, de Janine et Jean Witt, paru le 14 octobre 2026 aux éditions Labor et Fides, 19 €.

Sources

  • Réponses écrites de Jean Witt aux questions d’ActuRhin, transmises par Philippe Spitz le 19 octobre 2026.
  • Journal des vieux amants, dossier de presse 2026, éditions Labor et Fides.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *