Pourquoi les industriels continuent de miser sur le Haut-Rhin

Stellantis à Mulhouse, BASF à Chalampé, Liebherr à Colmar et Nambsheim, Constellium à Neuf-Brisach… Les centaines de millions d’euros continuent de tomber sur les usines du Haut-Rhin avec une régularité presque inconvenante. Pour un territoire que l’on croyait condamné à raconter son passé industriel au musée, le présent manque singulièrement de discipline.

Investissements industriels dans le Haut-Rhin
Le Haut-Rhin continue d’attirer d’importants investissements industriels.

À Mulhouse, Stellantis prépare trois nouveaux modèles Peugeot pour 2029. Liebherr investit plus de 90 millions d’euros à Colmar et construit une nouvelle usine à Nambsheim. BASF a engagé 300 millions d’euros à Chalampé, Constellium 130 millions à Neuf-Brisach. À cela s’ajoutent Elanco à Huningue, Tronox à Thann, Pöppelmann à Rixheim ou Diehl Metering à Saint-Louis. Les secteurs changent, les chèques restent généreux.

Pourquoi ici ? D’abord parce que le Haut-Rhin a eu la bonne idée de se trouver au bon endroit. L’Allemagne d’un côté, la Suisse de l’autre, le Rhin, le rail, les autoroutes et Bâle à portée de main. Pour une entreprise qui veut produire au cœur de l’Europe, il existe des situations plus compliquées.

Mais la géographie n’explique pas tout. Le Haut-Rhin reste profondément industriel : environ 17 % de ses emplois relèvent encore de l’industrie. Automobile, chimie, mécanique, aluminium, plasturgie, pharmacie… Ce tissu ancien fournit ce qu’un investisseur ne peut pas commander sur catalogue : des techniciens, des sous-traitants, de la maintenance, des formations et une habitude collective de fabriquer des choses qui pèsent lourd et coûtent cher.

Le détail le plus révélateur est ailleurs. Stellantis, BASF ou Liebherr ne viennent pas de découvrir l’Alsace. Ils y sont déjà et choisissent d’y remettre de l’argent. Dans un groupe mondial, une usine de Mulhouse ou de Colmar doit pourtant défendre ses projets face à d’autres sites européens. Si elle obtient plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros, ce n’est pas par fidélité sentimentale au kougelhopf.

Tout n’est pas merveilleux pour autant. Le Haut-Rhin a perdu des milliers d’emplois industriels depuis le début des années 2010 et les entreprises peinent parfois à recruter. La Suisse voisine possède notamment un argument salarial dont l’efficacité ne nécessite aucune campagne publicitaire.

Reste que les investissements récents racontent une évolution plus qu’un retour en arrière. Automobile électrifiée, aluminium recyclé, chimie, pharmacie, équipements pour centres de données : le Haut-Rhin ne reconstruit pas l’industrie d’hier. Il essaie de garder une place dans celle de demain.

Pour un territoire en voie de désindustrialisation, il persiste curieusement à construire des usines.

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