Colère populaire cherche parti politique. Récupérateurs s’abstenir.
La colère gronde, les Français descendent dans la rue et les partis politiques accourent, le cœur sur la main et les élections dans un coin de la tête. Une belle histoire d’amour. Reste à savoir qui aime qui.

Au Kaligone, à Kingersheim, les Gilets jaunes veulent pouvoir faire le plein sans vendre leur voiture. À Mulhouse, les lycéens réclament des professeurs. Des exigences insensées, vous en conviendrez. Samedi 17 octobre, tout ce petit monde est descendu dans la rue. Il faut dire qu’en France, c’est encore le seul guichet où l’on peut déposer une réclamation sans prendre rendez-vous.
Évidemment, les partis politiques ont rappliqué. La France insoumise, les communistes, les socialistes et les écologistes ont apporté leur soutien. Le Rassemblement national a préféré garder ses distances. Quant au gouvernement, il a dénoncé les violences. Chacun a donc trouvé dans cette journée de quoi nourrir son discours. À défaut de nourrir les Français, c’est déjà ça.
Il faut admirer cette soudaine tendresse pour le peuple. Dès qu’il manifeste, les responsables politiques lui découvrent des qualités extraordinaires. Il est courageux, digne, admirable, légitime. Le reste de l’année, il coûte trop cher, réclame trop et comprend mal les réformes. C’est le charme des relations compliquées.
À Mulhouse, la manifestation a aussi été marquée par des violences et des dégradations en marge du cortège. Une belle contribution au débat économique : quand tout le monde se plaint de manquer d’argent, certains trouvent judicieux de présenter une facture supplémentaire. Même moi, qui ai toujours eu quelques difficultés avec les mathématiques, je soupçonne une erreur de calcul.
Mais revenons à nos amoureux du suffrage universel. Les partis promettent de comprendre la colère, de l’accompagner, de lui donner une voix. C’est touchant. Elle n’avait pourtant rien demandé de tout cela. Elle voulait simplement des salaires décents, des services publics qui fonctionnent et un peu d’air à la fin du mois.
Huit ans après les premiers Gilets jaunes, les revendications ont pris quelques rides. Les promesses, elles, sont toujours aussi fraîches.
Finalement, le malentendu est assez simple : les Français cherchent à boucler leurs fins de mois. Les partis cherchent à préparer 2027.
Il paraît que les deux ont besoin d’argent.
Sources
- Carte des mobilisations — rassemblement au Kaligone, Kingersheim
- La France insoumise — Mobilisations du 17 octobre, 15 octobre 2026
- PCF — Appel à la mobilisation du 17 octobre, 14 octobre 2026
- Parti socialiste — Communiqué du 16 octobre 2026
- Le Monde — Manifestations du 17 octobre et position du RN
- DNA — Suivi des manifestations en Alsace, 17 octobre 2026
