Canicule : j’ai lu les listes d’ingrédients des glaces. Je regrette d’avoir appris à lire.

L’été revient. La chaleur aussi. Bientôt, nous ouvrirons le congélateur avec la solennité d’un archéologue découvrant le tombeau de Toutankhamon. Et là, entre un sachet de petits pois de 2023 et trois glaçons qui ont absorbé l’odeur du poisson pané, nous trouverons notre salut : la glace.
J’aime la glace. C’est l’un de mes défauts les plus honorables. Je pourrais manger n’importe quoi à condition que ce soit froid, sucré et vendu dans un pot promettant « une expérience intense ». Mais cette année, j’ai commis une erreur. J’ai retourné les pots. J’ai lu les ingrédients.
Ma vie était plus simple avant.
Toutes les glaces ne sont pas vraiment nées égales
Il y a la glace qui dit : « Bonjour, je suis composée de lait, de crème, de sucre, d’œufs et de vanille. » Et puis il y a celle qui semble répondre : « Moi, je suis un projet européen de recherche appliquée. »
Sirop de glucose-fructose. Graisse de coprah. Émulsifiants. Stabilisants. Gommes diverses. Arômes. Colorants. À ce stade, on ne sait plus si l’on doit la manger ou lui demander son numéro SIRET.
J’ai donc décidé d’établir un petit palmarès. Pas selon le goût. Pas selon le prix. Pas selon la publicité. Uniquement selon la qualité et la simplicité des ingrédients. Je précise que je ne suis ni chimiste, ni glacier, ni Prix Nobel. Je suis simplement quelqu’un qui a perdu une partie de son après-midi à lire des étiquettes de glaces. Chacun gâche sa vie comme il peut.
1. Picard Pure Sélection – Vanille de Madagascar
La révélation. La recette contient notamment : lait entier 49,2 %, crème fraîche 24,6 %, sucre, jaune d’œuf, lait écrémé en poudre, gousse de vanille et graines de vanille.
Et c’est à peu près tout. J’ai relu trois fois. Je cherchais la gomme de quelque chose. Le E-machin. La graisse tropicale discrètement dissimulée derrière un terme poétique. Rien. Du lait. De la crème. Des œufs. De la vanille. C’est presque inquiétant de simplicité.
Notre note ingrédients : 9,5/10
2. Häagen-Dazs – Les parfums simples
Häagen-Dazs reste très bien placée sur ses recettes les plus simples. La base classique repose notamment sur : crème fraîche, lait écrémé concentré, sucre, jaunes d’œufs et eau.
C’est sérieux. C’est propre. C’est presque rassurant. Évidemment, plus vous ajoutez du cookie, du caramel, des morceaux, une sauce, une seconde sauce et probablement un cousin du brownie, plus la liste d’ingrédients s’allonge. C’est la loi de la gourmandise. Au début, on veut une glace. À la fin, on mange un lotissement.
Notre note ingrédients : 9/10 pour les parfums simples
3. Picard Pure Sélection – Certains sorbets simples
Autre bonne surprise. Exemple avec le sorbet citron : eau, jus de citron 35,7 %, sucre et fibre de lin pour la texture.
Quatre ingrédients. J’ai davantage d’ingrédients dans ma vinaigrette quand je suis de mauvaise humeur.
Notre note ingrédients : 8,5/10
Et les autres ?
C’est ici que l’aventure devient philosophique. Prenons certaines glaces vanille très connues. On peut y trouver du lait et de la crème, bien sûr. Mais aussi, selon les références : sirop de glucose, fructose, protéines de lait, gomme guar, caroube, gomme tara, émulsifiants, colorants et arômes.
Ce n’est pas nécessairement dangereux. Ce n’est pas nécessairement mauvais. Mais ce n’est plus exactement la petite grand-mère imaginaire remuant sa crème glacée dans une cuisine en bois. La grand-mère a été remplacée par un ingénieur agroalimentaire. Il a probablement un excellent salaire.
En entrée de gamme, on peut aller encore plus loin. Certaines glaces vanille contiennent notamment : eau, lait écrémé, sirop de glucose-fructose, graisse de coprah, émulsifiants, stabilisants, arôme et colorant.
La vanille, dans tout cela, devient presque une rumeur.
Comment choisir ?
Mon conseil est d’une simplicité humiliante : retournez le pot. Pour une bonne crème glacée vanille, cherchez idéalement quelque chose qui ressemble à : lait, crème, sucre, œufs, vanille.
Évidemment, une longue liste d’ingrédients ne signifie pas automatiquement « mauvais ». Et un stabilisant n’est pas le démon. Mais lorsque votre glace contient davantage de termes techniques que votre contrat d’assurance automobile, il est permis de s’interroger.
Mon verdict
La grande surprise de ce petit comparatif reste Picard Pure Sélection Vanille de Madagascar. Je m’attendais à trouver une marque inaccessible, vendue dans une boutique où un homme en tablier noir prononce le mot « fève » avec gravité. Pas du tout. C’était chez Picard.
L’humilité est une expérience violente.
Et vous ?
Quelle glace avez-vous toujours considérée comme exceptionnelle sans jamais avoir osé regarder derrière le pot ? Parce qu’au fond, l’été est peut-être cela : 34 degrés à l’ombre, un congélateur ouvert, et la découverte brutale que notre dessert préféré contient de la gomme tara.
