Dans le Haut-Rhin, près de 10 000 DPE pourraient s’améliorer sans le moindre travaux

À partir du 1er janvier 2027, certains logements du Haut-Rhin vont gagner une classe énergétique sans changer une seule fenêtre. Une réforme qui pourrait faire le bonheur des propriétaires, mais pas nécessairement celui des locataires frigorifiés.

Maison alsacienne dont le diagnostic énergétique passe de F à E sans travaux, illustration
Image créée artificiellement

Il suffisait d’y penser. Pour améliorer la performance énergétique d’un logement, nous avions naïvement envisagé l’isolation, le double vitrage, voire le remplacement d’une chaudière d’un autre âge. Quelle imagination limitée ! Le gouvernement a trouvé plus simple : changer le calcul.

Dès janvier 2027, le coefficient appliqué à l’électricité dans le diagnostic de performance énergétique (DPE) passera de 1,9 à 1,7. Une petite modification mathématique aux conséquences potentiellement considérables. Le logement reste identique, ses murs aussi, mais sa lettre peut changer. C’est une forme de rénovation qui présente l’immense avantage de ne déranger personne, surtout pas les artisans.

Près de 10 000 diagnostics gagnants dans le Haut-Rhin

Selon une simulation de l’observatoire privé MonsieurDPE, réalisée à partir des données de l’ADEME, quelque 9 700 diagnostics haut-rhinois pourraient gagner une classe énergétique. Parmi eux, environ 950 sortiraient des catégories F et G, celles des fameuses passoires thermiques.

Les logements chauffés à l’électricité seront les principaux bénéficiaires de cette nouvelle arithmétique. Les autres pourront toujours contempler leur chaudière au fioul avec une certaine mélancolie.

Il faut reconnaître que la réforme n’est pas totalement absurde. Elle vise à mieux tenir compte de la place de l’électricité, largement décarbonée en France, dans le calcul énergétique. Une intention défendable, même si le locataire qui grelotte devant sa fenêtre mal isolée risque de trouver la subtilité un peu abstraite.

Une lettre qui peut changer beaucoup de choses

Le plus savoureux concerne les locations. Depuis janvier 2025, les logements classés G ne satisfont plus aux critères de décence énergétique pour les nouveaux baux et les renouvellements. Mais qu’un logement G devienne F grâce au nouveau calcul, et le voilà susceptible de retrouver le marché locatif, sans avoir gagné un seul degré de confort.

Le répit sera court : les logements F seront à leur tour concernés par l’interdiction en 2028. En revanche, un logement passant de F à E pourra repousser cette échéance jusqu’en 2034, selon la réglementation actuelle.

Bien entendu, les factures de chauffage ne suivront pas nécessairement cette ascension sociale. L’électricité consommée restera la même, l’isolation aussi. Mais le propriétaire pourra présenter une meilleure étiquette, gratuitement, grâce à une attestation officielle, sans nouvelle visite du diagnostiqueur.

Pour les propriétaires concernés, la démarche sera d’une simplicité presque suspecte : à partir du 1er janvier 2027, il suffira de se rendre sur l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME, de rechercher son diagnostic à l’aide de son numéro d’identification et de télécharger gratuitement la nouvelle attestation si son classement s’améliore. Il faudra seulement disposer d’un DPE encore valable. L’attestation conservera la même date de fin de validité.

On aurait tort de bouder une telle prouesse. Nous pensions qu’il fallait améliorer les bâtiments pour améliorer leur classement. Il apparaît qu’on peut aussi améliorer leur classement pour éviter, quelque temps, d’améliorer les bâtiments.


Sources

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