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Bellemagny : incendie, rivalités religieuses et conquête de l’Amérique… les secrets d’un couvent du Sundgau

📅 11 octobre 2026 · 📍 Bellemagny

Un projet religieux ruiné, un pensionnat dont personne ne voulait chez soi, un orphelinat parti en fumée et des religieuses envoyées jusqu’en Louisiane. Le couvent de Bellemagny a connu une existence plus mouvementée qu’on ne l’imagine. Le dimanche 11 octobre 2026, il ouvrira ses portes au public. L’occasion de découvrir 175 ans d’une histoire qui ne manque pas de rebondissements.

Couvent de Bellemagny, patrimoine religieux du Sundgau
Le couvent de Bellemagny. © Sébastien Sutter / CeA

Au commencement était un échec

En 1851, l’abbé Joseph Aloyse Faller fonde à Bellemagny une congrégation féminine. Ce n’était pourtant pas son premier choix. L’homme avait initialement entrepris de réunir des jeunes gens destinés à devenir prêtres. Mais les difficultés financières avaient eu raison de ses ambitions. L’abbé avait dû revoir sa copie.

Il se tourna donc vers les femmes et fonda une communauté religieuse consacrée à l’adoration perpétuelle et aux œuvres de charité. L’histoire du couvent de Bellemagny commençait par un échec. Il arrive que la Providence ait des méthodes de gestion assez particulières.

Même entre religieux, la concurrence existe

En 1876, l’abbé Faller décide de transférer le pensionnat de Bellemagny au Bischenberg, près de Rosheim. L’administration a donné son autorisation. Une annonce dans la presse présente même le déménagement comme acquis. Mais le clergé local voit arriver ce nouvel établissement d’un mauvais œil. Il pourrait concurrencer le pensionnat tenu par les religieuses du Saint-Sacrement.

La charité chrétienne a manifestement ses limites lorsqu’il est question de parts de marché.

Faller envisage alors Lutterbach. Il y voit notamment un avantage considérable : une gare. Les familles pourraient déposer leurs filles sans perdre une journée entière dans les déplacements. Cette fois, ce sont les autorités allemandes qui refusent. Le responsable administratif du cercle de Mulhouse ne souhaite pas voir s’installer un nouvel établissement considéré comme un foyer d’ultramontanisme, courant catholique attaché à l’autorité du pape.

Le pensionnat restera donc à Bellemagny. Cette succession de contrariétés est documentée dans une thèse de l’historien Éric Ettwiller, consacrée à l’enseignement secondaire des filles en Alsace-Lorraine entre 1871 et 1940.

En 1919, l’orphelinat part en fumée

Le couvent ne se contente pas d’accueillir des religieuses et des pensionnaires. Il recueille également des enfants orphelins. À la fin du XIXe siècle, les bâtiments deviennent trop petits. Dès 1893, une annexe doit être aménagée dans le presbytère de Saint-Cosme pour faire face à l’arrivée de nouveaux enfants.

Un nouvel orphelinat est finalement achevé vers 1900. Dix-neuf ans plus tard, il est détruit par un incendie. Il faudra reconstruire.

L’Inventaire général du patrimoine culturel conserve la trace de cette catastrophe et mentionne même l’existence d’une ancienne carte postale représentant le bâtiment disparu. Aujourd’hui, la Maison Clairval, ancien orphelinat du site, fait l’objet d’un projet de réhabilitation destiné à lui donner une nouvelle vocation culturelle, associative et éducative.

À Bellemagny, les murs ont décidément appris à recommencer.

Des religieuses alsaciennes sur les rives du Mississippi

Le plus étonnant reste peut-être le rayonnement international de cette communauté née dans un petit village du Sundgau. Dès 1872, des religieuses de Bellemagny traversent l’Atlantique pour rejoindre la Louisiane, aux États-Unis.

Un article publié dans l’Almanach Sainte-Odile de 1951 évoque leurs débuts difficiles, marqués par les privations. Il présente cette initiative comme la première entreprise missionnaire d’une communauté religieuse féminine alsacienne. La congrégation développe également des établissements en Allemagne, en Suisse et en Autriche.

En 1903, les autorités de Vienne demandent même aux religieuses de Bellemagny de prendre la direction d’une pouponnière municipale. Il fallait tout de même une certaine audace pour partir du Sundgau et finir par s’occuper des nourrissons de la capitale autrichienne.

Aujourd’hui, il faut encore trouver de quoi faire vivre le couvent

Les aventures n’appartiennent pas toutes au passé. En 2023, le gîte accueillant les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle connaît une importante rénovation, pour un montant estimé à 550 000 euros. Le chantier permet notamment de moderniser les chambres, d’améliorer l’accessibilité et d’accroître la capacité d’hébergement.

La Collectivité européenne d’Alsace apporte une subvention de 100 000 euros. Concerts, mécénat et dons de particuliers contribuent également au financement. La vie religieuse n’exonère visiblement personne des factures de plomberie.

Le 11 octobre, le couvent dévoile son autre visage

Le dimanche 11 octobre 2026, à l’occasion du cinquième anniversaire de la Collectivité européenne d’Alsace, le public pourra découvrir les différents lieux qui font vivre le couvent. Au programme : le gîte des pèlerins, l’EHPAD Père Faller et la Maison Clairval, dont le projet de transformation témoigne de la volonté de préserver ce patrimoine en lui trouvant de nouvelles utilisations.

Cent soixante-quinze ans après sa fondation, le couvent de Bellemagny continue donc d’accueillir, d’héberger et de se transformer. Pour un établissement fondé sur la vie contemplative, il aura décidément beaucoup fait parler de lui.

Informations pratiques

Découverte du couvent de Bellemagny

Sources

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