Bédéciné interdit l’IA : mais où commence-t-elle quand Photoshop s’en mêle ?

📅 14 novembre 2026 · 📍 Illzach

Le concours de Bédéciné 2026 autorise la création assistée par ordinateur mais interdit strictement le recours à l’intelligence artificielle. Une règle limpide sur le papier. Un peu moins lorsqu’on ouvre Photoshop ou Illustrator en 2026.

Participants dessinant lors d’une précédente édition de Bédéciné à Illzach
Bédéciné à Illzach — Crédit photo : Iokoni

À Bédéciné, cette année, l’intelligence artificielle est priée de rester dehors. Le règlement du concours de bande dessinée est catégorique : « Le recours à l’intelligence artificielle est strictement interdit. »

Voilà qui paraît simple.

Ça l’était probablement davantage il y a quelques années. Car deux lignes plus haut, le même règlement autorise la PAO, autrement dit la création assistée par ordinateur. Et c’est ici que les choses commencent à devenir intéressantes. Pour les organisateurs, sans doute. Pour nous, énormément.

En 2026, ouvrir Photoshop sans croiser une intelligence artificielle commence en effet à ressembler à une promenade dans les Vosges sans croiser un panneau « ferme-auberge ». Le logiciel peut reconnaître automatiquement un sujet, faciliter sa sélection, supprimer ou compléter une partie d’une image. Avec ses fonctions génératives, il peut aussi créer ce qui n’existait pas.

Illustrator va jusqu’à proposer une recoloration générative : on décrit une ambiance ou une palette, et le logiciel suggère plusieurs versions colorées.

Or, cette année, Bédéciné a justement décidé de mettre la couleur à l’honneur.

De la couleur, oui. Mais faite par qui ?

Le président de cette 41e édition, organisée les 14 et 15 novembre à Illzach, est Claude Guth, coloriste alsacien notamment connu pour son travail sur Lanfeust de Troy, Trolls de Troy ou Les Naufragés d’Ythaq. Plusieurs coloristes seront invités, une exposition leur sera consacrée et une masterclass permettra au public de découvrir leur métier.

Même le concours insiste particulièrement sur cet aspect : la qualité de la colorisation peut rapporter quatre points, contre trois pour le graphisme.

Autrement dit, mieux vaut avoir de belles couleurs.

Mais attention à la manière de les obtenir.

Un candidat dessine entièrement sa planche, la scanne puis la colore dans Photoshop : la PAO est autorisée.

Il demande ensuite au logiciel de sélectionner automatiquement son personnage. Cette fonction repose sur de l’intelligence artificielle.

Toujours autorisé ?

Il utilise un outil génératif pour effacer un élément disgracieux ou compléter quelques centimètres de décor.

Toujours bon ?

Puis il demande à Illustrator de lui proposer trois harmonies grâce à sa recoloration générative.

Là, probablement, quelqu’un commence à tousser.

Le règlement publié ne précise pas où passe exactement la limite. Il ne parle pas seulement d’une bande dessinée entièrement générée par intelligence artificielle : il interdit « le recours à l’intelligence artificielle ».

Pris au pied de la lettre, cela peut donc poser une question très concrète à une époque où certaines fonctions d’IA sont directement intégrées aux logiciels de création autorisés.

Et personne n’a particulièrement envie d’organiser un contrôle antidopage de Photoshop.

Quand l’outil commence à avoir des idées

La question dépasse d’ailleurs largement Bédéciné. Pendant longtemps, le numérique était assez facile à comprendre : le crayon devenait stylet, la feuille devenait écran, la gomme découvrait Ctrl-Z et l’humanité gagnait quelques années d’espérance de vie.

Claude Guth a lui-même connu cette transition. Après avoir travaillé traditionnellement, il est passé à la colorisation numérique avec Photoshop et une tablette graphique. L’artiste restait l’artiste. La machine restait l’outil.

Avec les fonctions actuelles d’intelligence artificielle, la séparation devient moins confortable.

Quand le logiciel reconnaît automatiquement le personnage que l’on veut sélectionner, il assiste.

Quand il propose une palette de couleurs, il suggère.

Quand il invente un morceau de décor, il crée.

À quel moment cesse-t-on d’utiliser un outil pour commencer à lui déléguer une partie de l’œuvre ?

Bédéciné pose involontairement une excellente question avec son règlement 2026. Car interdire l’intelligence artificielle est une phrase très simple.

Reste à savoir où mettre le crayon.

Infos pratiques

  • Bédéciné – 41e édition du Festival international de la bande dessinée
  • Samedi 14 et dimanche 15 novembre 2026
  • Espace 110 – Illzach
  • Entrée : 10 €
  • 3 à 15 ans : 8 €
  • Moins de 3 ans : gratuit
  • Pass deux jours : 16 € adultes, 12 € pour les 3-15 ans
  • Pass famille : 28 €

Sources

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