Manifestations du 17 octobre : l’addition des violences en Alsace
On manifestait contre la vie chère. Certains ont trouvé le moyen de la rendre encore plus chère. Commerces saccagés, équipements publics détruits, blessés graves : à Mulhouse comme à Strasbourg, la facture du 17 octobre s’annonce salée. Et ce sont ceux qui n’ont rien cassé qui risquent de la payer.

À Mulhouse, la casse en libre-service
Quatre boutiques mises à sac, une dizaine de vitrines endommagées, des abribus pulvérisés, des panneaux arrachés, des installations du tramway dégradées. Même la mairie a eu droit à sa visite musclée. Pas pour demander un formulaire : pour saccager le hall.
Au plus fort des violences, les forces de l’ordre auraient dénombré plus de 300 casseurs. Résultat des courses : dix interpellations, dont six placements en garde à vue. Il y avait du monde pour démolir, nettement moins dans les locaux de la police. Reste à savoir combien d’auteurs seront effectivement identifiés et poursuivis.
La police municipale a repoussé un assaut contre ses locaux, la gare a échappé à une intrusion et les transports ont été interrompus. Une journée à casser ce que les habitants mettent des années à financer. Quelle remarquable façon de protester contre la baisse du pouvoir d’achat !
Strasbourg : le pillage n’a pas de revendications
Dans la capitale alsacienne, près de 15 000 personnes étaient venues exprimer leur colère sociale. La plupart n’avaient aucune intention de transformer le centre-ville en chantier de démolition. D’autres ont préféré les vitrines aux pancartes.
Primark, Jott, McDonald’s, une boutique de téléphonie et plusieurs banques ont subi des dégradations. L’agence de la Compagnie des transports strasbourgeois a été dévastée. Le résultat est particulièrement brillant : elle reste fermée pour une durée indéterminée et, depuis lundi, les bus et tramways subissent de nouvelles restrictions. Déviations dès 17 h, interruptions partielles du tramway dès 20 h, jusqu’à nouvel ordre. Les voyageurs apprécieront.
La Chambre de commerce et d’industrie recense déjà une vingtaine de commerces touchés par des dégradations ou des vols entre Mulhouse et Strasbourg. Elle évoque également des pertes de chiffre d’affaires de 60 à 70 %, sans que le périmètre exact de cette estimation soit encore précisé. Derrière les devantures éventrées, il y a des salariés, des stocks perdus, des journées de travail envolées et des commerçants qui devront discuter avec leur assureur plutôt qu’avec leurs clients.
Le plus révoltant ? La casse se fait en quelques minutes. La réparation, elle, peut prendre des semaines.
Deux blessures aux yeux. Et des questions qui dérangent.
À Mulhouse, une adolescente de 17 ans a définitivement perdu la vision de son œil gauche après avoir été frappée par un projectile, près de Porte-Jeune. Selon ses proches, elle ne participait même pas à la manifestation. Le parquet a saisi l’IGPN pour établir les circonstances exactes de ce drame.
À Strasbourg, un homme de 27 ans a également été grièvement blessé à l’œil. Des témoins évoquent un tir des forces de l’ordre. Là encore, les circonstances et les responsabilités doivent être établies par la justice.
Les vitrines, on les remplace. Un œil, non.
Et pendant que les investigations commencent, une autre question s’impose : comment des manifestations annoncées ont-elles pu déboucher sur pareils affrontements ? Les autorités ont-elles suffisamment anticipé les risques ? Comment les casseurs ont-ils pu multiplier les attaques ? Et dans quelles circonstances les armes de maintien de l’ordre ont-elles été utilisées ?
Ces questions ne retirent rien aux violences subies par les policiers, dont 27 ont été signalés blessés à Strasbourg. Elles méritent des réponses, pas des slogans.
Et maintenant, qui passe à la caisse ?
À l’échelle nationale, le ministère de l’Intérieur comptabilise 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement. Le gouvernement évoque au moins 3 000 commerces touchés.
En Alsace, les municipalités nettoient, les commerçants évaluent leurs pertes et les assureurs vont sortir leurs calculatrices. La Ville de Mulhouse a déposé plainte. Strasbourg prépare un dispositif d’accompagnement des victimes.
Le montant total des dégâts reste inconnu. Mais une chose est certaine : les entreprises, les collectivités et, d’une manière ou d’une autre, les habitants supporteront une partie des conséquences.
On réclamait davantage de moyens pour vivre, étudier et travailler. Des individus ont préféré détruire des commerces, attaquer des équipements collectifs et semer la peur. La colère sociale n’en sort pas grandie. Les casseurs n’ont rien résolu, ils ont simplement ajouté une facture au problème.
Et pour le règlement, pas besoin de chercher les auteurs : l’addition arrivera bien à quelqu’un.
Sources
- Préfecture du Haut-Rhin — Bilan du 17 octobre, relayé par les DNA
- Ville de Strasbourg — Réaction officielle de Catherine Trautmann, 19 octobre
- CTS — Informations sur les perturbations et la fermeture de l’agence
- DNA — Bilan humain et matériel en Alsace, 18 octobre
- DNA — Bilan de la CCI et accompagnement des commerces, 19 octobre
- RTL — Bilan national du ministère de l’Intérieur, 18 octobre
