Mulhouse : les lycéens voulaient se faire entendre, les poubelles ont parlé plus fort

Classes trop chargées, manque de moyens, Parcoursup : les lycéens mulhousiens avaient quelques sujets à mettre sur la table. Après trois jours de mobilisation, ce sont pourtant les poubelles incendiées, les mortiers et les lacrymogènes qui occupent le devant de la scène. Avec une question qui reste entière : qui sont réellement les auteurs des violences ?

Véhicules de gendarmerie stationnés dans le centre-ville de Mulhouse le 1er octobre 2026
Des véhicules de gendarmerie maintenus dans le centre-ville de Mulhouse après la manifestation lycéenne du 1er octobre 2026. Photo : ActuRhin.

Ils étaient venus parler de classes trop chargées, de moyens qui fondent et de Parcoursup. À l’arrivée, Mulhouse a surtout retenu les poubelles en feu, les mortiers et les lacrymogènes. C’est le vieux miracle de la manifestation qui dérape : vous partez avec une pancarte, vous finissez dans le journal derrière un conteneur qui flambe.

Depuis mardi 29 septembre, plusieurs lycées mulhousiens sont touchés par des blocages et des rassemblements. Albert-Schweitzer, Lavoisier, Louis-Armand, Montaigne : la grogne passe d’un établissement à l’autre et enfle rapidement. Mercredi, près de 2 000 jeunes auraient participé au mouvement au plus fort de la journée.

Leurs revendications, elles, n’ont rien de particulièrement folklorique : classes chargées, conditions d’étude jugées dégradées, manque de moyens, emplois du temps et contestation de Parcoursup. Bref, le genre de sujets qui nécessiterait normalement une table, quelques chaises et des gens capables de s’écouter.

On a eu des pavés.

Deux manifestations pour le prix d’une

Au milieu des lycéens apparaissent des groupes plus réduits, avec notamment des individus masqués ou cagoulés. Poubelles incendiées, tirs de mortiers, pierres et pavés lancés vers les forces de l’ordre : à partir de là, le scénario change de réalisateur.

Mercredi, les violences perturbent sérieusement le centre-ville. Le tramway est interrompu, des commerces baissent leurs grilles et Porte Jeune ferme temporairement. Quatre policiers sont légèrement blessés et 17 personnes sont interpellées.

Jeudi 1er octobre, rebelote. Des conteneurs brûlent, les forces de l’ordre utilisent des gaz lacrymogènes et les pompiers doivent, par endroits, attendre que la situation soit sécurisée pour intervenir.

Mais une précision devient indispensable : on ne sait pas encore exactement qui sont les auteurs de ces violences.

Plusieurs lycéens présents affirment ne pas se reconnaître dans ces groupes. Certains expliquent être venus manifester pacifiquement et distinguent clairement leur mobilisation de ceux qui incendient ou lancent des projectiles.

Une poubelle en feu possède toutefois une qualité médiatique remarquable : elle se photographie beaucoup mieux qu’une revendication sur les effectifs d’une classe de terminale.

Alors le feu gagne aussi les gros titres.

La manif terminée, les gendarmes sont restés

Jeudi matin, après le principal rassemblement, le centre-ville retrouve progressivement son calme. Les forces de l’ordre, beaucoup moins leur liberté de mouvement.

ActuRhin a constaté dans le centre de Mulhouse la présence d’une dizaine de véhicules de gendarmerie et de militaires équipés pour le maintien de l’ordre. Le dispositif est resté en place durant toute la journée, bien après la fin de la manifestation du matin.

Notre photo prise sur place le 1er octobre témoigne de l’importance des moyens maintenus dans le centre-ville.

La manifestation était terminée. La vigilance, beaucoup moins.

Après plusieurs journées marquées par des incendies de poubelles, des jets de projectiles et des affrontements, les autorités avaient manifestement décidé de ne pas miser leur jeudi après-midi sur la bonne humeur générale.

Qui étaient les casseurs ?

C’est désormais l’une des questions essentielles.

Combien des personnes interpellées sont réellement élèves dans les établissements concernés ? Combien sont mineures ? Des jeunes extérieurs aux lycées ont-ils rejoint les rassemblements ? Les personnes soupçonnées d’avoir incendié ou lancé des projectiles faisaient-elles partie de la mobilisation initiale ?

Pour l’instant, les informations publiques disponibles ne permettent pas de répondre précisément.

Il faut donc éviter le raccourci confortable consistant à mettre 2 000 lycéens, quelques individus cagoulés, 17 interpellés et une poubelle carbonisée dans le même sac.

Même à Mulhouse, les sacs-poubelle ont leurs limites.

Et pendant qu’on compte les fourgons, les pavés et les conteneurs, les revendications du départ sont toujours là : conditions d’étude, effectifs, moyens, Parcoursup.

Après trois jours de bruit, il reste donc une question assez simple :

qu’est-ce qui a poussé autant de lycéens mulhousiens dans la rue ?

Ce serait dommage de l’oublier.

C’était justement pour qu’on les écoute.

Sources

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